Accueil > Axes

Les axes du Clersé

publié le , mis à jour le

Une activité scientifique recomposée autour de trois axes

Afin de favoriser les réflexions et les travaux pluridisciplinaires d’une part et de renforcer la cohésion interne du Clersé d’autre part, une réorganisation interne des neuf programmes de recherches de l’unité a été adoptée. Cette restructuration résulte d’une volonté de renforcer la cohésion mais reflète aussi les pratiques de rapprochement. Celles-ci ont engagé, au fil de ces dernières années, des chercheurs de différents programmes par exemple pour des projets Bqr ou Anr. La conception de l’organisation en trois axes a résulté des concertations et des groupes de travail et a nécessité une réflexion de 18 mois.
Elle a pour objectif non seulement de renforcer la dynamique interne, mais aussi la visibilité et la lisibilité du Clersé. Ces axes affirment un positionnement par rapport à des enjeux régionaux, à des réseaux nationaux et à des enjeux liés à l’internationalisation de la recherche. Ils devraient inscrire les recherches développées au Clersé dans la durée, sans ignorer les retombées sur le registre de la formation.

Axe 1 : Ancrages et dynamiques comparés du politique

Cet axe réunit des chercheures et chercheurs qui s’intéressent aux diverses expressions du rapport que les acteurs entretiennent avec la « question politique ».

Orientation problématique

On entend celle-ci tant comme questionnement des pouvoirs institués – qu’il s’agisse des pouvoirs privés ou des pouvoirs publics (et notamment ceux de l’État et de ses appareils idéologiques et coercitifs) – que comme formulation de politiques alternatives possibles, à distance de ces pouvoirs et de l’État : contre eux, hors d’eux, ou malgré eux. On y étudie donc tout autant les institutions politiques officielles ou consacrées que les conflits, luttes et médiations politiques, institutionnelles et militantes qui donnent forme et contenu à leur action, parfois les infléchissent ou les redéfinissent, voire les contrecarrent et s’en écartent.
La question politique est appréhendée à travers la manière dont elle s’inscrit dans des univers sociaux particuliers, localisés, relevant de domaines aussi divers que les espaces urbains, les dispositifs culturels, les institutions pénales, de santé ou de travail social, les entreprises, associations, syndicats, groupes professionnels ou mouvements sociaux. Cette inscription s’entend de deux manières : matérielle, à travers la nature de l’action publique et les modalités concrètes de la présence et de l’intervention de l’État dans les divers secteurs de la société, mais aussi comme production symbolique. Ces ancrages du politique sont les produits de rapports sociaux dans lesquels la capacité instituante de l’État est mise en jeu par les logiques des acteurs qui y font appel et s’y adossent ou, à l’inverse, s’y opposent, la manipulent, la contournent, voire la neutralisent.
Socialement situées, ces inscriptions plurielles sont tout autant dynamiques en ce qu’elles reposent sur une transformation des institutions et de la logique de l’intervention publique, aux effets extrême-ment divers, ainsi que sur des rapports plus ou moins conflictuels entre les groupes sociaux animés d’aspirations hétérogènes, de logiques contradictoires, tout en étant dotés de ressources inégales. Elles sont dynamiques également dans la mesure où les logiques locales et les trajectoires nationales, qui procèdent d’une historicité propre, rencontrent, dans une conjoncture donnée, un état déterminé de rapports internationaux eux-mêmes en constante évolution. C’est dans l’articulation de ces dynamiques d’échelle (entre les niveaux local, national et international) que se redéfinit le sens même de la question politique, comme construction sociale symbolique et idéologique conflictuelle, instable, en chantier permanent, toujours particulière à chaque contexte : l’orientation des actions publiques et les modèles auxquels elles se réfèrent et qu’elles réagencent ; les périmètres d’intervention des États et des collectivités locales ; ce qui est du ressort de la puissance publique et ce qu’elle délègue ou abandonne à des intérêts privés (à commencer par les entreprises capitalistes, dont l’affrontement est prétendument « régulé » par le « marché »), des actions philanthropiques (associations, Ong, fondations), des solidarités familiales ou communautaires supposées, etc. Les définitions de la légitimité politique et de la citoyenneté en sont profondément modifiées, ainsi que les possibilités d’organisation et les modalités d’action collective de participation ou de contestation (dans la vie politique, mais aussi dans l’activité professionnelle par exemple), avec, selon les contextes nationaux, des ruptures brusques, souvent accompagnées de politiques de libéralisation, qui ont marqué les trois dernières décennies (fin des dictatures en Amérique latine, fin des partis uniques sur les trois-quarts du monde, sortie du socialisme ou du communisme « réels », fin de l’apartheid en Afrique du Sud, crises politiques ou économiques aiguës, etc.).
L’objectif de cet axe est de construire une approche comparée de ces ancrages sociaux et de ces dynamiques de la question politique, d’un double point de vue. D’une part, en confrontant des recherches réalisées dans des domaines divers, qui relèvent le plus souvent de traditions ou d’inspirations sociologiques distinctes. D’autre part, en abordant des contextes nationaux variés, les travaux entrepris sur la France ou d’autres pays européens étant mis en regard de situations observées sur d’autres continents, en Afrique, Asie ou Amérique latine.
En ce sens, il s’agit tout à la fois, et selon les divers contextes étudiés et la variété des approches au sein du laboratoire, d’études du politique et de la politique, abordés sous des angles aussi divers que :

  1. l’émergence de la politique : formes de pensée et de subjectivation,
  2. le rapport des citoyens à l’État et au/à la politique,
  3. le rapport des citoyens aux institutions (publiques ou privées) de développement, aussi bien dans les pays « développés », « émergents » que « sous-développés » ,
  4. les pratiques d’opposition politique. Ces pratiques peuvent être de participation ou d’opposition franche ou bien de résistance passive ou d’évitement, même si, dans la réalité, la frontière entre ces divers types est poreuse et fluctuante. Ces oppositions peuvent être visibles, formelles, organisées et publiques : engagements, mobilisations et protestations collectives de groupes d’individus agrégés au nom d’une cause, d’une éthique, d’intérêts professionnels, corporatistes mais les dissensions peuvent également être moins visibles ou volontairement cachées, exprimées en « coulisses ». Il s’agit alors de prendre pour objet d’investigation les pratiques de résistances, le continent caché de « l’infrapolitique »,
  5. les formes gouvernementales et institutionnelles d’exercice du pouvoir politique. Elles impliquent de s’intéresser aux rationalités et aux technologies sociales (les « gouvernementalités » soit des manières de « conduire la conduite » d’autrui), aux processus de légitimation qui accompagnent et donnent corps à cet exercice, ainsi qu’aux enjeux et aux luttes de légitimité internes induites par la diversité des acteurs et des intérêts qui conduisent parfois à l’émergence de tensions au sein de ces différentes instances,
  6. les dynamiques des politiques publiques, qui connaissent des modifications convergentes dans l’ensemble des sociétés contemporaines, tout en maintenant leurs caractéristiques nationales d’une part, sectorielles de l’autre (par exemple : les travaux actuellement menés par certains membres de l’axe sur la comparaison de l’évolution des politiques éducatives, des politiques de santé mentale ou des politiques pénitentiaires en Europe),
  7. l’inscription spatiale et temporelle de l’action politique. Il apparaît en effet fondamental de retranscrire la spécificité spatiale des recherches, de façon circonscrite et détaillée, sans quoi la montée en généralité et la mise en perspective des différents terrains ne sembleraient pas pertinentes. Cet impératif tient également à la particularité des processus de légitimation politique, lesquels sont intimement liés à l’« enracinement » dans un lieu et à la mise en scène symbolique de l’affiliation. L’action politique s’articule et se décline autour de temporalités et d’ancrages variés, tant du côté des pouvoirs publics que des groupes sociaux, du niveau local au niveau inter- ou supranational.

Méthodologie

L’ambition de cet axe est ainsi de nourrir des réflexions collectives sur plusieurs préoccupations partagées, au-delà des objets ou terrains de chacun, dont au moins les suivantes :
• le rôle de l’observation directe – participante ou non, déclarée ou non, proprement ethnographique ou plus intermittente – comme pratique d’enquête,
• l’importance du comparatisme ou des recherches menées dans différentes régions du monde. En effet, une grande partie des membres de cet axe conduit des recherches à la fois en France et dans d’autres pays, en Europe (Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, Espagne, Portugal, ex-Yougoslavie) ou ailleurs sur d’autres continents (Afrique du Sud, Cameroun, Côte d’Ivoire, Algérie, Liban, Ouzbékistan, Chine, Népal, Philippines, Argentine, Bolivie, Brésil, Petites Antilles, Québec, États-Unis, Togo, etc.),
• les variations et imbrications d’échelles, et la volonté d’analyser les phénomènes étudiés à travers leurs inscriptions multiples, tant locales que nationales, européennes ou internationales, afin de pointer la singularité des situations et processus étudiés par les uns et les autres, mais aussi afin de mettre en lumière les éventuelles similitudes des processus qui travaillent les sociétés dans le cadre de la « globalisation » et leurs réponses différentielles à ce cadre général.
Mener des recherches sur des pays aussi diversifiés géographiquement et politiquement n’est pas sans conséquences sur la manière dont est défini le ou la politique. Les conceptualisations politiques étrangères « importées » nourrissent également les approches sur les terrains français.

Déclinaisons thématiques

L’enrichissement mutuel attendu de la confrontation des conceptions du/de la politique découle, à partir de ce socle commun, de la multiplicité des préoccupations théoriques et empiriques. Cinq thèmes particulièrement fédérateurs – qui, d’ailleurs, s’articulent étroitement à l’offre de formation disponible à l’Institut de sociologie et d’anthropologie – sont retenus.

1. La ville comme territoire politique : évitements, interactions, et interventions publiques

Cette thématique s’inscrit au croisement de la sociologie et de l’anthropologie urbaines, d’une part, et de la sociologie des relations intergroupes (ethniques, de classe, de genre et d’âge), de l’autre. L’espace public urbain revêt en effet une dimension indéniablement politique. Les travaux sur les quartiers, les modes d’habitat, les parcs, les marchés de rue, les transports en commun ou l’inscription locale des écoles donnent à lire à la fois des pratiques individuelles et collectives, et des choix politiques d’aménagements territoriaux et urbanistiques qui façonnent la vie quotidienne des citadins. La ville est le théâtre de phénomènes de ségrégation résidentielle, scolaire et d’usages divers de l’espace, ainsi que de processus de paupérisation ou de gentrification de certains quartiers non sans lien avec les orientations politiques de la commune. De manière dialectique, les habitants peuvent occuper la scène publique et être acteurs de la cité, à un degré plus ou moins important.
Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, les recherches actuellement en cours dans le cadre de ce thème portent sur : les trajectoires scolaires, sociales et résidentielles ascendantes de jeunes ayant grandi dans les favelas de Rio de Janeiro ; l’évitement et le refus explicite de la mixité sociale et ethnique par une partie des classes supérieures franciliennes ; les effets des politiques culturelles locales dans le processus de gentrification du quartier lillois de Wazemmes ; la façon dont les commerçants des marchés de Roubaix, élus comme représentants de leurs collègues, tentent d’infléchir les décisions municipales quant à la répartition de l’espace urbain dédié au commerce ; les stratégies, conflits et déploiement des réseaux caritatifs islamiques face aux questions de la pauvreté et du relogement dans un quartier à l’habitat dégradé du centre-ville oranais.
Ces chantiers présentent une articulation privilégiée avec les contenus de la formation assurée auprès des étudiants dans le cadre du Master Sociologie et anthropologie des enjeux urbains.

2. Usages politiques de la culture

Le caractère éminemment symbolique des productions culturelles explique qu’elles sont tout autant un vecteur privilégié du message politique, un outil au service du consensus territorial, qu’un mode de contestation de l’ordre établi. Ces multiples usages font donc de la culture un objet propice à l’analyse du et de la politique. Parmi les terrains jusqu’à présent investigués par les membres du laboratoire, l’analyse des musées d’ethnologie – qui constituèrent des instruments de prédilection pour penser l’altérité, représenter la Nation et soutenir la dynamique des territoires – révèle un renforcement du message politique sur l’orientation culturelle et le contenu scientifique de ces institutions. À côté d’autres secteurs d’investigation, comme le cinéma, ce travail invite à approfondir la nature étroite et sensible des liens entre culture et politique, en analysant l’ensemble des initiatives emblématiques du Nord-Pas-de-Calais : la politique culturelle de la métropole lilloise bien sûr, qui s’inscrit dans la continuité de l’opération « Lille 2004 capitale européenne de la culture », mais aussi les initiatives du conseil régional, comme les capitales régionales de la culture, l’inscription des beffrois et du bassin minier au patrimoine mondial de l’Unesco, l’ouverture du Louvre-Lens ou encore la préparation du centenaire de la grande guerre. Ce vaste projet, qui mobilise plusieurs chercheurs et chercheures du Clersé permettra d’engager une analyse d’ampleur sur le « tournant culturel » des années 2000. Cette thématique, dont les autres laboratoires de la région ne se sont pas emparés, interroge les nouveaux usages de la culture dans les entreprises de légitimation politique, ainsi que ses conséquences sur les professionnels, les collectifs d’artistes et certaines catégories d’habitants, dont il s’agira d’appréhender les formes de réception, de l’adhésion enthousiaste à l’opposition en passant par divers degrés d’adaptations et de résistances.

3. Usages politiques du contrôle, de la déviance et de la pénalité

Parce qu’elle place au cœur de son objet l’analyse de l’ensemble des luttes sociales et symboliques qui président aux processus de criminalisation juridique et aux formes concrètes d’application différenciée de la loi, la sociologie du crime, comme d’ailleurs celle de la déviance, est pleinement une sociologie politique. Dans ce cadre, la prison et plus largement le système pénal constituent un ensemble d’institutions étudié de manière privilégiée, et ce dans des directions diverses : évolution des modes de construction sociale de la population carcérale, notamment les mineurs détenus ; réforme et inertie pénitentiaires ; infrapolitique des détenus ; protestations, révoltes et processus de médiation entre gardiens et gardés ; usages sociaux des droits en détention ; transformation des rationalités punitives ; sociologie de l’architecture ; privatisation et marchandisation d’une partie des fonctions pénales ou para-pénales, etc. L’implication de certains des chercheurs dans des réseaux internationaux (tels le Global Prisons Research Network) est l’occasion d’interroger le sens politique des politiques pénales en tant qu’elles articulent des traditions punitives nationales ou régionales (modération pénale en Europe du Nord, émergence d’un « État carcéral » aux États-Unis, etc.) et des rationalités transnationales (internationalisation relative d’une punitivité néolibérale, et/ou efforts de mise en conformité des institutions pénitentiaires avec les textes internationaux de défense et de protection des droits de l’homme).
Les recherches menées au sein de la thématique excèdent cependant très largement les strictes questions pénales ou pénitentiaires. Elles recouvrent tout autant des modalités douces, diffuses, parfois insensibles de contrôle social et, plus largement encore, s’intéressent dans leur ensemble aux mécanismes matériels et symboliques de production des normes (normes dominantes, mais aussi minoritaires). Ce faisant, elles rejoignent d’emblée d’autres thématiques couvertes par l’axe global, telles que la sociologie de la santé (partage entre crime et folie, comparaison entre différentes institutions totales, politiques des drogues, etc.), la sociologie de la culture (régulation et/ou répression des pratiques sous-culturelles « déviantes » : squats alternatifs, graffitis vandales, etc.), ou la sociologie de la ville (ségrégation sociospatiale, technologisation des dispositifs de contrôle, contrôle des migrations et des mobilités).

4. Usages politiques de la santé et de l’intervention sociale

Les modalités politiques par lesquelles les sociétés encadrent la vie humaine, la vie de l’esprit, la maladie et la santé, le vieillissement et la mort, apparaissent comme des enjeux économiques, politiques et symboliques de premier plan. La « santé publique », de plus, émerge comme forme institutionnelle majeure dans les sociétés occidentales contemporaines, déployant divers modes de gouvernementalité : disciplines du corps, biopolitique (statistique, épidémiologie, logiciels de gestion, économie politique etc.), mais aussi « normalisation » descendante (par exemple dans l’extension de la communication de santé publique et de la prévention, dans le rôle de l’Oms, ou dans la promotion de l’evidence-based medicine) et enfin, explosion de l’intervention psychosociale « réhabilitante » comme mode privilégié du travail relationnel. L’analyse des politiques de santé mentale est un thème éminemment politique en ce qu’il convoque les rapports d’hégémonie culturelle et économique au niveau mondial, les conceptions de la sécurité et de l’ordre public, la construction sociale du normal et de « l’étrangeté d’âme », la légitimation de la contrainte, mais aussi les politiques de la subjectivité, de la relation, les normes du rapport à soi. Les chercheurs de ce thème ont publié des travaux sur les mutations des politiques et pratiques de santé mentale en France, en Europe et à Madagascar, sur le vieillissement, sur diverses innovations qui montrent des résistances aux processus de stigmatisation dont peuvent être victimes les individus, les malades et les handicapés et sur l’intervention sociale.
Ils s’intéressent également aux utopies, souvent transnationales (Écosse, Italie, Brésil, Québec) qui se déploient dans certains dispositifs innovants : utopie de la « disponibilité » des soignants à la souffrance psychique, utopie du « rétablissement » (recovery, qui veut rompre avec la chronicisation ou la « rechute »), utopie d’une continuité entre normal et pathologique (continuité qui prendrait de front la montée des catégorisations et formalisations promues à la fois par le management néo-bureaucratique et les laboratoires pharmaceutiques), utopie de la « démocratie sanitaire » qui impliquerait une recomposition des rapports État/citoyens en matière de décision de santé. Les processus de médicalisation et de démédicalisation sont étudiés dans leur rapport dialectique avec l’utopie d’émancipation (empowerment) des individus. On tentera aussi de comprendre comment les politiques publiques se saisissent de la question récurrente des inégalités sociales de santé (notamment dans le domaine du cancer).
La question de la mesure des inégalités y compris celles de santé est aussi abordée à partir des politiques de développement et de leurs modèles d’évaluation (produits ou soutenus par les institutions internationales – Fmi, Banque mondiale, Ocde, etc.). Sont (ré)interrogées, les notions de modèles de développement, de richesses, de pauvreté, de bien-être, de valeurs et de normes en relation avec l’esprit du progrès social. Ces recherches tentent de replacer l’humain, dans sa diversité culturelle, au centre des « modèles » théoriques de développement local. L’humain semble en effet effacé face à la standardisation et la tendance à la quantification des actions socio-économiques et culturelles au détriment d’une approche qualitative peu représentée. Cela a pour conséquence un décalage entre les faits et la théorie qu’il convient d’analyser sous divers angles (exemple de la recherche sur le décalage de la conception de la richesse et du bien-être tels que mesurés par les organisations de développement avec celle des populations de Bokokopé au Togo, en collaboration avec l’Université de Lomé).

5. Politique du travail et mouvements sociaux

Dans une conjoncture doublement caractérisée par le renforcement des « économies de marché ouvertes » et l’emprise d’un capitalisme financier générateur de crises, le travail constitue partout un enjeu politique central. Les lieux de travail sont une caisse de résonance particulièrement intéressante des dynamiques politiques, tant ils sont à la fois pris dans des enjeux locaux et nationaux et des dynamiques économiques qui doivent désormais être pensées dans le cadre de la globalisation. Ce sont aussi des lieux de confrontation des politiques étatiques et industrielles souvent contradictoires et dont les acteurs sont, aujourd’hui, de moins en moins identifiables (échelon européen ou international de la décision et de la concurrence, délocalisations, multinationales dont les instances décisionnaires sont de moins en moins saisissables, etc.). Face à ces transformations, démultipliées par les conjonctures locales et nationales singulières, salariés ou ouvriers sont amenés à inventer de nouvelles formes de mobilisation. Une chercheure étudie ainsi les nouvelles formes de la figure ouvrière, notamment en Afrique du sud. Dans une séquence que les sociologues du travail comme les anthropologues s’accordent à reconnaître comme post-classiste, il s’agit d’identifier les formes de subjectivation politique qui permettent aux ouvriers de se penser eux-mêmes à l’usine, et plus largement à l’aune de la société, sans recourir à la représentation syndicale ou politicienne. En Algérie, l’investigation des pratiques et représentations du travail dans un contexte d’informatisation massive de l’économie met en évidence le développement d’un rapport conflictuel à l’État, dans lequel ce dernier figure à travers ses défaillances multiples et dans une relation de dette vis-à-vis de la société, à l’origine de nombreux mouvements sociaux sporadiques portant sur la revendication de logements et d’emplois. En France, l’analyse de mobilisations syndicales et associatives autour du travail (grèves de travailleurs sans papiers, contestations de fermetures d’usine) montre là aussi des articulations originales entre revendications propres au monde du travail, et dirigées envers les employeurs, et revendications adressées à la puissance publique. Les transformations des grammaires et des répertoires de l’action des organisations syndicales sont analysées, en lien avec les évolutions de l’organisation du travail et des modes de mobilisation et de mise au travail et en lien avec la fragmentation de l’ouvrier collectif et l’apparition de nouveaux acteurs aux marges de l’emploi, dans une perspective comparatiste France-Argentine. Les recherches menées éclairent les nouvelles configurations étatiques et politiques et leur identification et leur qualification par les acteurs qui s’y affrontent, à la croisée de l’anthropologie politique, de la sociologie des mobilisations et en dialogue avec la sociologie du travail.
Les mouvements sociaux sont également étudiés à travers d’autres types de mobilisations collectives. Certaines sont elles aussi directement liées au travail, au non-travail ainsi qu’à la figure du travailleur ; c’est le cas des syndicats, des mouvements de chômeurs ou de travailleurs immigrés par exemple. D’autres questionnent des thématiques telles que l’accès au logement, à la santé, à l’éducation, à la culture, l’aide et la défense des étrangers ainsi que les mouvements féministes par exemple. Il s’agit ici d’interroger les processus et formes d’engagement associatif et militant ainsi que le travail militant et ses évolutions. Comme les précédentes, cette cinquième thématique est articulée aux autres. D’une part, les modalités d’intégration et d’exclusion du travail et de l’activité économique constituent des enjeux fondamentaux de la configuration des espaces urbains et de la constitution des catégories sociales (inégalités socioéconomiques et culturelles, rapports nationaux/étrangers, ethnicisation, rapports de sexe et de générations, etc.). D’autre part, la nature des rapports de travail et les conditions d’exercice de l’activité professionnelle constituent une préoccupation transversale aux thèmes abordés ci-dessus.

Axe 2 : Mondes du travail et mondes privés

Cet axe analyse les rapports sociaux et les relations sociales au travail, dans la famille et dans la sphère privée d’une manière plus générale, en mettant l’accent sur les interdépendances de ces sphères.

Orientation problématique

La problématique des recherches menées s’appuie sur deux points distincts :

• une perspective délibérément empirique attentive aux relations sociales est adoptée. En effet, les recherches centrées sur les « mondes sociaux », offrent des opportunités pour mieux appréhender les processus collectifs et les transformations sociales dans leur complexité. La notion de « monde » permet de souligner, d’une part, la stabilité de l’organisation d’un certain nombre de « structures d’activité collective » et, d’autre part, la dynamique de segmentation et de reconfiguration des frontières entre mondes, résultant de rapports de force entre acteurs collectifs,
• une analyse – en termes de rapports sociaux (de classe, de genre et de générations notamment) au sein de ces mondes et entre eux – est associée. Chacun de ces mondes est traversé par des dynamiques d’appropriation du travail d’autrui et par des dynamiques de valorisation des ressources matérielles et symboliques des individus et des groupes sociaux. Ces dynamiques construisent de façon complexe des processus de séparation et de hiérarchisation, et reproduisent de manière toujours renouvelée, et souvent redoublée d’un monde à l’autre, les inégalités sociales.

L’axe envisage ainsi des mondes sociaux traversés par des logiques et des temporalités propres, requérant une analyse à la fois interactionniste et structurale. En ce sens, il s’agit d’approfondir l’analyse de chacun de ces mondes sociaux et de leurs articulations en considérant les frontières entre ces mondes comme « poreuses ».
Le travail est appréhendé comme une catégorie fondamentale, à la fois en pratique et pour l’analyse, afin de penser plus largement la production et la reproduction de la vie sociale. La reconfiguration des formes de contrôle – d’autonomie, de dépendance et de domination – dans ces différentes sphères constitue le fil directeur de l’analyse.
L’axe s’inscrit ainsi dans une problématisation issue de la sociologie et de l’anthropologie du travail, de la famille, de la santé, de l’immigration, de l’éducation. Il intègre également la démographie par l’analyse de trajectoires de vie selon les contextes politiques et socio-économiques. Les cadres théoriques multiples de l’économie du travail et de l’économie des ressources humaines sont aussi mobilisés en intégrant les apports de la gestion des ressources humaines et de la sociologie de l’emploi autour des modes de gestion de la main-d’œuvre, qui sont ainsi analysés comme le résultat de dynamiques de segmentation fine des marchés du travail, comme celui d’interactions stratégiques ou de systèmes d’incitation.

Méthodologie

L’analyse des mondes du travail et celle des mondes privés exigent par ailleurs une ouverture méthodologique pour rendre compte des propriétés spécifiques de chacun des mondes, mais aussi dépasser les effets de cloisonnement entre ceux-ci, afin de saisir les agents sociaux dans leur pluralité de statuts, à la fois comme travailleur, membre d’une famille, adhérent d’une association, patient, etc. Ce projet suppose de mettre en œuvre des méthodes qui ne bornent pas le travail d’enquête à l’analyse d’un seul rôle quand les individus endossent indifféremment ces rôles à travers le temps. Les travaux des chercheurs impliqués sont réunis par leur forte dimension empirique. Celle-ci s’appuie sur des méthodes variées, parfois croisées : entretiens, observations directes, analyse d’archives, production et analyse de données quantitatives de sources variées (enquêtes publiques, données d’entreprise, données administratives, etc.), analyses de réseaux sociaux, économétrie. Ces méthodologies recoupent aussi les disciplines présentes dans cet axe.

Déclinaisons thématiques

Les recherches menées dans cet axe s’orientent autour de trois thèmes fédérant les chercheurs.

1. Travail et dynamiques professionnelles

Les mondes du travail sont conçus au travers des relations et des représentations au travail, des relations professionnelles, des groupes professionnels, de l’organisation et de la division du travail, mais aussi du travail compris comme activité pour la production et la reproduction de la vie dans différentes sphères de la vie sociale. Dans cette perspective, les analyses seront centrées sur les activités et les pratiques concrètes, sur les usages et les représentations comme enjeux et formes d’appropriation du travail en termes d’identité et de reconnaissance (le chômeur comme travailleur, le savoir organisationnel du travail domestique, les activités de subsistance parallèles au salariat, etc.). Compte tenu de cette perspective, trois dimensions seront explorées.
Les transformations contemporaines des mondes du travail et de l’emploi se caractérisent par une individualisation du rapport salarial, une montée de la précarité au travail et des formes d’emplois « atypiques » qui le sont de moins en moins (temps partiel subi, embauche en Contrat à durée déterminée, intérim, emplois aidés, etc.). Il s’agira donc d’en examiner les conséquences. Ces salariés du « précariat » – fragilisés sur le plan professionnel et social – développent des capacités d’actions collectives et individuelles pour la subsistance, qui indéterminent les frontières entre mondes du travail. Il s’agit donc ici de s’affranchir des frontières analytiques entre travail et hors-travail, en envisageant par exemple le foyer comme unité pertinente d’accès au travail, et de production du travail. Plus encore, comment envisager les réseaux de parenté, de voisinage, comme des systèmes organisés de travail faisant intervenir différents groupes sociaux et différentes modalités de division des tâches ? Dans le même ordre d’idées, il y a l’ambition de montrer que l’intensification du travail professionnel et la flexibilisation temporelle de la norme salariale, ne sont aujourd’hui soutenables – en termes d’équilibre psychophysique des salariés – que par l’existence d’un travail de care réalisé au sein de la famille qui n’est pourtant pas reconnu. Aujourd’hui la fragilisation de la norme familiale fordienne, en parallèle avec le désengagement de l’État social, viennent ainsi à se répercuter de manière négative sur les conditions de vie au travail des salariés, et notamment des plus déqualifiés d’entre eux. Enfin, si les incursions de la vie personnelle dans le travail sont encadrées par les employeurs (privés et publics), les compétences personnelles construites par la socialisation primaire et les expériences de vie de l’individu sont maintes fois sollicitées dans la vie professionnelle, et posent des questions nouvelles sur ce qu’est l’expérience socialisatrice du travail pour les salariés.
Les modes de gestion de la main-d’œuvre ainsi que les relations employeurs-employés jouent un rôle central dans la définition des conditions de vie et de travail des salariés. Les politiques d’entreprise, mais aussi les politiques publiques de l’emploi et de la formation, contraignent les comportements des salariés et sont également influencées par ces derniers. Il s’agira donc aussi de comprendre les transformations des stratégies de ressources humaines et leurs effets sur les comportements individuels au travail et à l’égard du travail. En particulier, les politiques menées (ou non) par les entreprises (politiques de fidélisation de la main-d’œuvre, d’incitation à l’effort, d’égalité ou d’articulation vie familiale-vie professionnelle, de formation) interagissent avec les comportements des salariés mais de manière différenciée selon le genre, l’âge, le niveau de qualification. Une première piste de recherches se donnera pour objectif de comprendre et de décliner les conditions propices à l’implication des salariés au travail : quels sont les modes d’organisation du travail qui produisent de l’engagement ou du désengagement de la part des salariés, sont-ils identiques selon le genre ? Comment s’expliquent le présentéisme et l’absentéisme en entreprise ? Hommes et femmes manifestent-ils des comportements réellement différents ? Quels modes d’organisation du travail favorisent l’égalité entre hommes et femmes ? Une seconde piste s’intéressera aux conditions de production de la formation, de la qualification et des compétences chez les jeunes et chez les travailleurs en emploi. Ici, l’expertise du Cereq, sur la relation formation-emploi, entretient et stimule des questionnements sur l’insertion des jeunes sur le marché du travail et sur le début de carrière. Dans ce sens, la question sera de comprendre comment se bâtissent les compétences tant comme résultats de l’activité de formation (alternante ou non) que comme composante de l’activité professionnelle.
Enfin, un autre aspect au cœur des mondes du travail concerne les transformations qui affectent les groupes professionnels, suscitées notamment par le retrait de l’influence étatique ou la diffusion de nouveaux modes de « gouvernance », à l’instar de ce qu’on appelle désormais communément le nouveau management public. Ces groupes seront appréhendés à travers leurs réseaux de concurrence et de coopération éclairant ainsi les diverses formes de segmentation à l’œuvre au sein de ces mondes professionnels. Une telle perspective permettra de confronter les dynamiques à l’œuvre dans de nombreux secteurs d’activité – la santé, le sport, la culture, l’industrie, les services, le petit commerce et l’artisanat, etc. – en examinant, à la fois, la manière dont les univers professionnels et les catégories d’acteurs interagissent entre eux, et les liens que ceux-ci entretiennent avec l’État. Partant d’une mobilisation et d’une confrontation de différents courants de recherche (l’analyse néo-structurale, la sociologie interactionniste, la sociologie des professions, etc.), l’objectif sera d’éviter les dérives d’une sociologie des groupes professionnels uniquement centrée sur les enjeux de délimitation et de quête d’autonomie. Il s’agira d’analyser les effets de ces dynamiques sur les activités professionnelles et les politiques publiques sous-jacentes.
À côté d’autres métiers, les professions médicales et paramédicales constitueront un terrain propice à l’étude des changements professionnels. Les évolutions récentes en matière d’organisation des soins sont particulièrement révélatrices des dynamiques de coordination et de coopération mais aussi de concurrence qui traversent le monde de la santé, notamment dans le cadre de l’hôpital.
Dans un univers tel que celui du sport, la lente structuration du travail sportif, abusivement appelée « professionnalisation », résulte :
• d’une part de rapports de force complexes entre différents groupes constitués (dirigeants, entraîneurs, médecin, athlètes, journalistes, etc.) eux-mêmes pris dans des enjeux de reconnaissance corporatistes,
• d’autre part de l’évolution du jeu de délégation de service public entre l’État et les fédérations sportives,
• et enfin de l’évolution des relations entre employeurs et employés dans un cadre conventionnel.
Penser le travail sportif implique donc bien ici de tenir ensemble ces différentes dynamiques, pour en croiser les convergences et pointer les interférences.

2. Famille, santé, socialisation, éducation

L’analyse des mondes privés nécessitera que l’on examine les relations des familles avec les institutions sanitaires, sociales et éducatives, les processus de socialisation ou encore les modalités d’adaptation des familles face aux transformations sociales, aux crises économiques et aux migrations. Ces recherches conjuguent les différentes méthodologies développées dans le laboratoire et mobilisent en particulier les outils de l’analyse sociologique, ethnologique et démographique. Les chercheurs collaborent depuis 2004 avec des chercheurs du Ceries de l’Université Lille 3 autour d’un séminaire commun. Trois déclinaisons thématiques se dégagent :

  1. Le thème de la famille sera abordé sous l’angle de ses relations avec les institutions sanitaires, sociales, éducatives, judiciaires et policières. Nous regarderons comment les institutions et les politiques publiques façonnent les familles mais aussi comment elles contribuent à définir, de manière formelle et informelle, des rôles sociaux de parenté et des rapports intergénérationnels. En outre, à l’aide des méthodes démographiques, nous analysons la place de l’intervention sociale au sein de trajectoires individuelles dans des contextes territoriaux divers en termes de politique de prise en charge et de ressources socio-économiques. Si les professions de santé, de l’aide à domicile, des services à la personne ou du travail social interviennent sur la vie familiale, son organisation, ses croyances, ses modalités d’entraide et de transmission, les familles ne sont cependant pas pensées uniquement comme le support des politiques publiques et des interventions sociales. Il ne s’agit donc pas tant de rendre compte de formes renouvelées de police des familles que de nous attacher à analyser les pratiques quotidiennes mises en œuvre au sein des familles, lesquelles s’exercent certes sous contrainte institutionnelle et sont catégorisées par les politiques sociales, mais peuvent aussi se déployer dans les interstices des institutions, comme autant de pistes d’organisation propres ou de résistance. Ainsi, en situation migratoire, la famille est le lieu d’observation privilégié de l’acculturation. Dans cet espace de socialisation primaire, se vivent les tensions entre pratiques éducatives issues de culture d’origine et contraintes imposées tant par les conditions matérielles de vie quotidienne que par les normes de la société d’accueil. Ce contexte nouveau impose aux parents de reconsidérer le statut de l’enfant, les relations intergénérationnelles et de genre. Leurs pratiques éducatives s’exercent dans l’intimité contrainte par le regard des professionnels des champs sanitaire, social et éducatif, celui de leurs compatriotes immigrés et celui de la famille éloignée mais toujours présente grâce aux moyens de communication. Par ailleurs, l’étude des conditions de vie de jeunes à la fin et après le placement tient compte de sa trajectoire passée dans et en dehors des prises en charge ainsi que de ses ressources personnelles, familiales ou plus largement en termes d’entourage. Sur un territoire donné, les relations familiales sont autant de ressources localisées et entrent dans la composition d’un capital d’autochtonie qui éclaire les trajectoires résidentielles et professionnelles des individus et des ménages. La prise en compte des enjeux familiaux et conjugaux des parcours professionnels et résidentiels renouvelle ainsi les analyses des transformations du marché du travail et de l’emploi ou du logement, notamment chez les ouvriers dans les pays ou les régions où le secteur industriel (textile, mécanique, minier, métallurgique) s’est effondré.
  2. L’analyse des dynamiques propres aux mondes privés nécessitera également de privilégier l’étude des processus de socialisation (tant dans la sphère familiale que dans la sphère des loisirs ou encore médiatique) et d’analyser leurs effets sur les pratiques corporelles, la sexualité et la santé des individus. Une attention particulière est portée aux retombées des politiques sanitaires. La médicalisation de la naissance, du handicap, de la souffrance et de la mort interroge les frontières entre la famille et les autres institutions, entre le corps comme lieu de l’intimité et comme objet d’intervention professionnelle. De telles recherches invitent à développer une réflexion tant historique que théorique et méthodologique sur la sphère de l’intime, du corps, des émotions mais également sur les âges de la vie (l’enfance, l’adolescence, la fin de vie, etc.) et les transformations qui les affectent. L’attention portée à de tels processus permet de com¬prendre comment se construisent certaines dispositions ou, au contraire, la manière dont se renforcent les inégalités, en lien avec les politiques éducatives et en amont de l’insertion professionnelle. Ainsi en va-t-il, par exemple, de la « vocation » en faveur de nombreux métiers, vocation dont il convient de pointer le caractère collectif, notamment familial, ainsi que les ressorts sociaux et sexués. Les modes d’intégration des jeunes nécessitent également de se référer à leur filiation et à tout ce qu’elle implique en termes de transmissions intergénérationnelles. Il importe donc de s’intéresser aux sens, significations et enjeux de ces transmissions familiales, en rapport avec les modalités d’insertion. L’hétérogénéité des orientations et l’inégalité repérée quant aux formes de l’insertion professionnelle ne peuvent en effet être comprises sans tenir compte de ce qui se joue en termes de socialisation familiale et scolaire, selon les contextes socioéconomiques d’origine.
  3. Enfin, l’interface entre travail professionnel et travail profane sera investiguée à partir de différentes approches. Que ce soit dans la santé, dans l’intervention sociale ou dans la famille, professionnel-le-s et profanes sont en constante interaction. L’activité des un-e-s conditionne celles des autres au sens des normes et des pratiques. Ceci est particulièrement perceptible dans les soins de maintien à domicile des personnes âgées ou dans l’hospitalisation à domicile qui se développe et concerne progressivement les différents âges de la vie. C’est cette coconstruction que nous cherchons à interroger et le travail (qu’il soit domestique ou professionnel) en constitue une base matérielle.

3. Au croisement du travail et du hors travail

L’analyse des mondes privés et des mondes du travail suppose de prendre à bras le corps la question de l’articulation entre travail et hors travail, ce dernier étant compris d’abord comme le domaine familial et par extension comme les cercles du proche et de l’intime. On s’intéresse donc aux croisements entre divers objets, dans plusieurs directions, avec au moins deux articulations repérables au stade actuel.
Soulignons tout d’abord l’articulation entre les phénomènes d’interconnaissance locale et les activités de travail. Ainsi, l’attention portera sur les effets de l’activité de divers professionnels (enseignants, travailleurs sociaux, médecins, etc.) auprès de publics captifs ou ancrés localement, sur leur résonance avec les stratégies résidentielles des habitants, leurs mobilisations collectives, leurs pratiques quotidiennes (qu’elles touchent la santé, l’éducation, l’alimentation, l’habitat, etc.). Elle pourra encore s’attacher au tissage des réseaux locaux d’interconnaissance entre professionnels, de même que les mécanismes de réflexivité, d’engagement et de représentation qui y sont en jeu de part et d’autre. Des activités traditionnellement cantonnées au monde privé (care, bricolage, etc.) seront également analysées comme du travail d’autant mieux que certaines deviennent en elles-mêmes des activités rémunératrices et vécues comme des activités professionnelles, dans un cadre déclaré ou non (aide à domicile, menues réparations, travaux de couture…). Seront ainsi prises en compte les nouvelles formes de « privatisation » ou de marchandisation du travail domestique, assurées souvent par des femmes issues des classes populaires et/ou de l’immigration. En outre, celles-ci interviennent très directement dans l’espace privé de ceux qui y ont recours. Enfin, les évolutions du travail salarié (désindustrialisation, individualisation, injonctions à la mobilité…) et la prégnance du chômage dans certains territoires permettent d’observer la façon dont les pratiques quotidiennes familiales et de voisinage s’organisent, évoluent et s’articulent, pour accéder aux ressources essentielles.
De plus, mais de façon parfois emboitée avec la précédente, on peut distinguer un axe d’interrogation sur les effets du travail, salarié ou indépendant, sur l’espace privé de ceux et celles qui travaillent, et de leurs familles, et sur les effets des mondes privés sur la vie au travail et le rapport au travail, voire sur les compétences dans le cas des métiers relationnels. Les effets de l’organisation du travail et des politiques d’entreprise – ou, plus largement, organisationnelles – sur la vie personnelle, conjugale et familiale (gestion du temps, gestion du corps, mobilité, division sexuelle du travail domestique) occuperont une place essentielle, tout comme les effets des restructurations et de la privation d’emploi. La question de la structuration des marchés du travail local sur les configurations familiales, sur la vie quotidienne, sur l’accès au travail fera partie intégrante de l’analyse tout comme celle des liens entre monde privé et rapport au travail.
La diffusion d’organisations du travail flexibles multiplie les contraintes temporelles au travail alors que de nombreux salariés ayant des contraintes familiales sont présents sur le marché du travail. Les difficultés de conciliation qui s’ensuivent peuvent conduire à l’apparition de formes de désengagement. Le rôle des difficultés d’articulation du temps et des horaires de travail avec les responsabilités familiales a été peu étudié en tant que facteur explicatif de ces comportements de désengagement. Une autre dimension, plus interindividuelle et intersubjective, se lit dans le lien entre les carrières matrimoniales et les carrières professionnelles, les ajustements « genrés » entre contraintes domestiques et contraintes du travail, entre care et construction de soi, entre temps de travail et temps de loisir. Le rapport entre sphère privée et vie sociale ouvre alors sur les sens de l’intime, l’expression des subjectivités et sur la gestion de son corps. Enfin, les frontières non étanches entre les mondes sociaux sont aussi redessinées par des innovations sociales ou technologiques. Ainsi, les nouvelles technologies remettent en cause la séparation entre temps de travail et temps de loisirs. Téléphone portable et courrier électronique sont utilisés par les employeurs pour organiser le travail et font ainsi irruption dans la vie privée, tout en étant symétriquement l’objet de réglementation pour leur usage personnel dans le cadre professionnel. La frontière entre vie au travail et vie personnelle est affaiblie par ces nouvelles technologies qui suscitent d’autres manières de produire (logiciel libre) et de travailler (télétravail, travail en réseau).

Axe 3 : Économies et sociétés : développement, richesse, innovation et régulation

Cet axe rassemble des recherches dont l’objet général est le fonctionnement des systèmes économiques contemporains en tant qu’ils sont encastrés dans un environnement social et dans un environnement naturel. Si cet axe est le moins pluridisciplinaire , car sa thématique questionne moins les sociologues et les anthropologues, il n’en reste pas moins que la problématisation de l’axe dans sa dimension économique rejoint certaines préoccupations d’histoire et de philosophie des sciences. Par ailleurs, les activités de recherche menées dans cet axe prennent souvent la forme d’articles dans des revues associant différentes sciences sociales.

Orientation problématique

Sur le plan scientifique, l’objectif est de mettre au jour les constructions institutionnelles et les régulations politiques qui se fondent toujours sur des conventions de richesse historiquement et géographiquement contingentes et par lesquelles le développement économique est possible. Il est également de penser les formes du développement et de l’innovation, en les reliant aux contextes institutionnels local ou global. Sur le plan normatif, l’enjeu est de questionner la légitimité et la durabilité de ces systèmes économiques. L’angle d’attaque combine analyse structurale de l’ordre macroéconomique et analyse compréhensive des jeux d’acteurs individuels ou collectifs, lesquels ne sont jamais réduits à de simples homo economicus, mais sont dotés de véritables capacités cognitives, constructives et éthico-politiques qui permettent de saisir la singularité des crises, de penser la spécificité du changement institutionnel et des dynamique d’innovations, et d’éclairer le débat public.

Méthodologie

La volonté de l’axe Économies et sociétés : développement, richesse, innovation et régulation est de se doter d’outils d’analyses variés pour mieux rendre compte de la diversité de ses problématiques. Ce projet suppose de mettre en œuvre à la fois des méthodes statistiques plus ou moins élaborées, des méthodes d’analyse multi-agents, des méthodes qualitatives inspirées de l’étude de traces mais aussi des méthodes d’observation participante et non participante.

Déclinaisons thématiques

L’activité scientifique de cet axe se décline autour de quatre thématiques.

1. Dynamique de l’accumulation – répartition et mutations du capitalisme

Les recherches développées dans la thématique sont orientées vers une appréhension cohérente et pertinente des cadres institutionnels et des dysfonctionnements propres au type d’économie dans lequel nous vivons effectivement : le capitalisme globalisé dirigé par la finance et régulé sur la base d’indicateurs et de modes de coordination socialement construits.
La thématique s’inscrit pleinement dans les principaux courants de la macroéconomie hétérodoxe contemporaine : la théorie post keynésienne (Tpk) et les approches institutionnalistes. La Tpk peut être présentée aussi bien comme une synthèse entre l’économie politique classique et l’analyse keynésienne que comme une dynamisation de la théorie de Keynes, dans la mesure où elle reprend la dynamique ricardienne du couple accumulation–répartition dans une perspective keynésienne où la production est tirée par la demande plutôt que poussée (ou limitée) par les ressources disponibles.
Les approches institutionnalistes (notamment école de la régulation, économie des conventions) ont en commun de proposer une analyse historiquement et socialement située qui cherche à mettre en avant les interactions entre acteurs et les supports formels (règles, institutions, rapports sociaux) et informels (confiance) qui assurent leur coordination.
La mobilisation de ce cadre théorique permet à la dynamique de l’accumulation d’être étudiée à travers cinq champs d’investigations différents.

a) Les fondements micro économiques de la macro économie post keynésienne étudiée à travers l’analyse des politiques de prix, d’investissement et de financement de la grande firme capitaliste agissant sous contraintes concurrentielle et financière.
b) L’instabilité de la croissance capitaliste développée à partir de l’étude des forces stabilisatrices endogènes. Sont-elles toujours suffisantes pour échapper à l’instabilité « harrodienne » en l’absence de politique économique visant délibérément la stabilisation de la croissance ?
c) Les modalités et les effets de la financiarisation menée grâce à l’étude de l’emprise de la sphère financière sur l’économie productive et des effets macroéconomiques en matière d’emploi, de croissance et de répartition de la financiarisation du capitalisme.
d) La macroéconomie et les régimes monétaires sont appréhendés grâce à l’analyse des régulations macroéconomiques en régime de monnaie unique dans un espace économique en voie de convergence : le cas de la zone euro.
e) La crise et les mutations de l’État social abordée à partir de deux axes de questionnements :

  • Comment l’État social, entendu dans une version étendue (c’est-à-dire englobant la protection sociale, la régulation des rapports de travail, les services publics, et les politiques économiques de soutien à l’activité et à l’emploi), se métamorphose-t-il au gré de ces transformations macroéconomiques ?
  • Quelles sont aussi les transformations dans ses relations à des parties prenantes, en particulier l’économie sociale ?

Les recherches menées sont nourries de la conviction que les grands auteurs ne sont jamais vraiment dépassés et que la méditation des grands textes devrait continuer à alimenter la recherche contemporaine en sciences sociales. Elles ont par ailleurs en partage avec les deux autres sous-axes une pratique de l’analyse économique qui, tout en affirmant la spécificité de son objet et de ses méthodes, ménage tout naturellement des ouvertures vers d’autres sciences sociales : la sociologie d’abord, mais aussi l’anthropologie, les sciences de gestion, les sciences politiques.

2. Vecteurs économiques, sociaux et environnementaux du développement

La thématique réunit des chercheurs travaillant sur les dynamiques économiques, sociales et environnementales du développement et du développement durable sur des territoires variés, au Nord et au Sud. Le développement des territoires est appréhendé sous l’angle local et global. Sous l’angle local, on étudie les dynamiques économiques à l’échelle régionale, les processus d’innovation, les mutations urbaines, en mettant en avant le rôle central des acteurs à différents échelons, parmi lesquels l’économie sociale et solidaire (Ess), dans le développement durable. À l’échelle globale, le développement des territoires est analysé au regard des grandes mutations qui s’imposent aux pays et aux acteurs transnationaux (chocs liés à la mondialisation, impact sur les conditions de vie, l’accès aux services et aux ressources, etc.).
Le développement est considéré comme un processus non linéaire de transformation des institutions destiné a priori à améliorer les conditions de vie et le partage de la richesse mais pouvant en réalité aboutir à des inégalités croissantes, des vulnérabilités et des dégradations durables ou irréversibles, aux niveaux économique, social et environnemental. Les politiques et logiques du développement et du développement durable y sont appréhendées suivant une démarche institutionnaliste, qualitative et systémique, qui met en relation les dimensions économique, sociale et environnementale. Les travaux conduits par les chercheurs du thème, sans négliger la dimension théorique, privilégient l’approche empirique de terrain fondée sur l’analyse des situations concrètes, où les acteurs sont plus que des unités économiques standards et interagissent autrement que sur les seuls marchés.
Les travaux conduits ont tous en commun d’étudier la soutenabilité (ou l’insoutenabilité) sociale et environnementale du développement, dans sa composante territoriale. Les recherches, menées dans ce thème, sont organisées et décomposées autour de deux questions importantes :
a) Quels sont les processus et les facteurs de l’insoutenabilité ? Il s’agit d’examiner, dans différentes aires géographiques et différents secteurs, des processus et facteurs d’insoutenabilité (phénomènes d’inégalités et de conflits dans les domaines de l’agriculture, des ressources naturelles et de l’environnement, des transports, de la santé, etc.). Cet examen inclut la mesure de ces phénomènes tout en adoptant une posture réflexive à l’égard de la quantification, et à l’égard de ce qu’être performant veut dire. À titre d’illustrations, l’étude de la résilience et celle des ruptures urbaines constituent des angles d’attaque féconds.
b) Quels sont les vecteurs de la soutenabilité ? Ils sont étudiés en lien avec différents domaines : innovation, économie de la connaissance, biens publics locaux et globaux (ressources naturelles eau, santé), gouvernance des biens communs, responsabilité sociale des entreprises, services éco systémiques, écologie industrielle, coopération au développement. Chacun de ces domaines accorde une place importante à l’action collective et à celles des acteurs marchands ou non marchands locaux et globaux.

3. Services, innovation, entrepreneuriat

Les économies développées contemporaines peuvent être décrites selon trois perspectives fondamentales, qui constituent des objets de recherche et des enjeux de politique économique majeurs. Elles sont en effet des économies de services, des économies de l’innovation et des économies du développement durable. La thématique réunit des chercheurs qui explorent chacune de ces perspectives, soit séparément, soit le plus fréquemment en explorant leurs articulations. Une place particulière est ainsi accordée :

  • aux dynamiques de l’innovation dans une économie de services,
  • aux dynamiques de l’innovation dans leur relation au développement durable,
  • aux relations particulières que l’économie tertiaire entretient avec les problématiques environnementales. Les travaux de la thématique s’inscrivent pour l’essentiel dans une perspective évolutionniste et néo schumpétérienne. Les dynamiques entrepreneuriales et d’innovation sont envisagées essentiellement dans leurs inscriptions sociales et spatiales (systèmes locaux, nationaux et sectoriels d’innovations, clusters et pôles de compétitivité, réseaux d’innovation). Sur le plan méthodologique, les travaux articulent des méthodes d’investigation qualitatives, des approches historiques, mais aussi des méthodes quantitatives et de simulations multi-agents. En amont de ses thématiques principales (et en relation avec les autres thèmes de l’axe), le programme poursuit également une réflexion fondamentale sur l’origine des concepts, dans les domaines de l’économie de l’innovation et des services. Parmi ses différents centres d’intérêt, on peut ainsi évoquer l’apport de Gabriel Tarde à l’économie évolutionniste de l’innovation et de la firme, les racines classiques de la définition des services, les relations entre la physiocratie et l’économie politique smithienne ou encore l’entrepreneuriat chez Jean-Baptiste Say. Trois types de recherche sont privilégiés : a) L’économie de l’innovation et de l’entrepreneuriat. La thématique de l’innovation est abordée sous l’angle des services, mais elle l’est aussi d’un point de vue plus général indépendamment de la dynamique sectorielle. Dans cette perspective générale, ce premier champ de recherche peut être décliné en trajectoires complémentaires qui abordent les questions de l’innovation et de l’entrepreneuriat sous l’angle des territoires, du développement durable, de l’emploi et des qualifications, de l’histoire de la pensée économique. b) Le champ de l’économie des services, qui constitue avec l’économie du travail l’une des thématiques historiques du Clersé, est décliné selon un certain nombre de problématiques scientifiques correspondant à des projets de recherche. Les principales problématiques explorées sont les suivantes :
  • la productivité et la performance dans les services (cette question est envisagée essentiellement sous un angle méthodologique et stratégique),
  • les services dans leurs relations à l’emploi (il s’agit de la question ancienne, mais toujours d’actualité de la société de services envisagée comme « sociétés de serviteurs » ou comme « sociétés d’ingénieurs et de professeurs »,
  • les services et le développement durable (l’hypothèse explorée à la fois sous l’angle qualitatif et quantitatif est celle des services « plus verts » que l’industrie). c) L’économie de l’innovation dans les services se trouve à l’intersection des deux champs de recherche évoqués précédemment. Il s’agit d’un espace de dialogue particulièrement intéressant et stimulant pour les deux champs principaux. Cette thématique regroupe un nombre significatif d’opérations scientifiques consacrées non seulement à la question de l’innovation dans les services, mais aussi à celle de l’innovation par les services, c’est-à-dire à la question de la contribution des services intensifs en connaissances à l’innovation des autres secteurs de l’économie. Les principales questions de recherche abordées portent sur :
  • les réseaux d’innovation public-privé dans les services,
  • l’innovation dans les services publics,
  • l’innovation sociale dans ses relations à l’innovation de service,
  • les politiques environnementales et les éco-innovations des firmes de services.

4. Philosophie, économie et sociologie : histoire et épistémologie

L’objet central de la thématique est la philosophie de l’économie, l’histoire de la pensée économique et sociologique et enfin l’épistémologie des questions théoriques abordées dans les autres sous-thèmes. L’histoire de la pensée économique et la philosophie économique pratiquées par les chercheurs du thème s’inscrit en complémentarité avec les autres thématiques et, au-delà, avec la pluridisciplinarité du Clersé.

Au sein de la thématique, les approches de l’histoire de la pensée économique sont plurielles. Elles relèvent soit de l’histoire analytique – appuyée sur une lecture critique des textes – soit d’une histoire contextuelle qui permet de saisir l’historicité des concepts. Quant à la pratique de la philosophie économique ou de l’épistémologie, elles sont principalement fondées sur une réflexion autour des finalités de l’action humaine (l’être social ou politique), sur la théorie de l’agent économique et sur les relations de l’économie avec d’autres sciences sociales (sociologie principalement). Trois champs de réflexion font l’objet d’une attention privilégiée :
a) Richesse, marchés, justice : concepts, dérivations, applications. Ce thème rassemble des recherches qui interrogent les constructions théoriques fondamentales de l’économie et de la sociologie du champ économique : la richesse, la production, l’échange, les « marchés ». Il se décline à plusieurs niveaux :

  • recherches sur des concepts liés (misère, pauvreté, bonheur, exploitation, équité, consommation, commerce équitable, monnaie, la concurrence, l’innovation, l’entrepreneur, l’évolution).
  • travaux sur les indicateurs qui incarnent ces grands concepts (le Pib, la croissance économique, l’activité productive, voire l’emploi), réflexion sur les conventions constitutives de ces indicateurs (conventions de représentation, conventions de compte), enjeux de ces constructions et de ces conventions pour la régulation économique et le fonctionnement des systèmes démocratiques,
  • travaux de sociologie du champ économique et de socio-économie sur les formes de la coordination et sur la construction sociale des marchés. Loin des représentations stylisées des marchés comme confrontation d’une offre et d’une demande, les « marchés » tels qu’ils sont envisagés dans les travaux relevant de la sociologie économique sont appréhendés à partir des institutions et des réseaux qui les constituent, et s’appuient sur l’analyse de la diversité des règles implicites ou explicites nécessaires pour leur fonctionnement. Quels sont les processus par lesquels des acteurs font émerger ces règles qui cadrent ces marchés, entendus comme des mondes sociaux ? b) Histoire de la macroéconomie au XXe siècle. Dans ce thème, on trouve des recherches qui relèvent spécifiquement de l’histoire de la pensée macroéconomique : histoire de la macroéconomie au XXe siècle, théories de la croissance et des cycles depuis la fin du XIXe siècle à nos jours (Juglar, Schumpeter, Keynes), ou encore histoire des courants (keynésiens, post keynésiens, école de la régulation, école des conventions, macroéconomie nouvelle-classique). c) Philosophie et épistémologie de l’économie et de la sociologie par les grands auteurs. Un grand nombre de recherches s’appuie explicitement sur une réflexion critique menée à partir de grands auteurs de l’économie, de la sociologie, ou de la philosophie morale et politique. Ces auteurs fournissent un camp de base pour des réflexions de nature philosophique ou épistémologique appliquée à nos disciplines (théories de l’action, rationalité individuelle et collective, modélisation et quantification, théories évolutionnaires de l’économie).

La recomposition de l’activité scientifique du Clersé autour de ces trois axes qui accueillent tous des enseignants-chercheurs de plusieurs disciplines devrait favoriser les échanges et les recherches pluridisciplinaires. Elle se justifie par l’ambition de provoquer de nouveaux questionnements et de produire des connaissances articulant une pluralité d’approches pour saisir la complexité des sociétés contemporaines éprouvées par la mondialisation. Cette perspective implique de développer l’internationalisation de la recherche.