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Cultures, patrimoines, média (CPM).

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Programme 2011-2012.

Dans la continuité des précédentes années, le programme « Culture Patrimoine Médias » (CPM) s’est intéressé au traitement professionnel et institutionnel de la culture et du patrimoine. Cette réflexion s’est concrétisée par l’organisation de quatre journées d’étude. Outre l’attention portée à certains secteurs spécifiques, comme les Arts du Cirque (8 mars 2010), ce sont des problématiques transversales aux différents secteurs que l’équipe a souhaité explorer : l’entrepreneuriat artistique et culturel (8 novembre 2010) ; les tensions entre les formes de « vocation » et les difficultés des conditions de travail (Les professionnels de la culture et le sens du travail en question - 9 mai 2011) ; la façon dont les acteurs institutionnels pensent aujourd’hui l’enjeu culturel (Pour contribuer à mettre en débat les enjeux des actions culturelles contemporaines – 6 décembre 2011). L’activité s’est également traduite par la co-organisation de deux autres journées d’étude, avec les programmes MECIT (Enjeux urbains et patrimoniaux en Afrique du Sud – 10 janvier 2011) et VNI (Villes et Cultures. Approche comparative internationale – 14 février 2011). Notons que 2011 a vu la valorisation éditoriale de deux précédentes journées d’étude. La première, sur les musées d’ethnologie, vient de donner lieu à une direction d’ouvrage soumis aux éditions du CTHS, tandis que la seconde, sur les formations artistes et culturelles, fait actuellement l’objet de la coordination d’un dossier thématique de la revue Sociologie de l’art.

Programme du quadriennal 2006-2009.

La culture, au sens large du terme, renvoie à de véritables enjeux de société, comme en témoignent la polysémie du terme, les revendications identitaires qui accompagnent son usage ou encore l’essor des politiques publiques afférentes.

Les questions relatives à la culture mobilisent toutes les sciences sociales et peuvent être abordées sur nombre de terrains. C’est pourquoi, en mobilisant les acquis de différentes disciplines (l’ethnologie, la sociologie, l’histoire et les sciences politiques) et en croisant les approches théoriques et méthodologiques, l’objectif du programme est d’analyser comment se déclinent ces phénomènes, en privilégiant certaines thématiques. Celles-ci renvoient aux différentes enquêtes conduites par les membres de cet axe, en France et à l’étranger, et s’intéressent tant à la production des normes culturelles qu’à leur réception.

Elles concernent en premier lieu l’essor des politiques culturelles et patrimoniales, aujourd’hui caractérisées par une diversité des échelles d’intervention et mettant en présence une multiplicité de protagonistes aux conceptions parfois divergentes : les organismes internationaux, les pouvoirs publics, les institutions, les groupes professionnels et les usagers. L’attention portée aux productions et aux pratiques culturelles implique également de s’intéresser aux industries culturelles et aux différents types de médias qui, du cinéma à Internet, juxtaposent les différents espaces de légitimité et interrogent les nouvelles pratiques et formes d’expression culturelle. Mais par-delà la situation française ou européenne, il convient aussi de renouer avec une conception plus anthropologique de la notion de culture, laquelle rappelle la prégnance des affirmations identitaires et l’exacerbation des conflits ethniques, dans le contexte actuel de mondialisation.

En 2008-2009, le programme se renouvelle et son M signifie désormais « Médias » et plus « Mémoires ». Ce dernier terme a cependant orienté les travaux de ses membres ces dernières années et continue pour partie de les inspirer. À partir des notions de patrimoine, de mémoire et de culture, il s’agit alors de mieux comprendre comment se construisent les modes d’affiliation, les processus de différentiation sociale, les manières de s’inscrire socialement dans des espaces et des temporalités collectives. Les travaux du programme prennent comme approches axiomatiques principales les formes de temporalité et de spatialité dans leurs modes de représentation et de construction collectives.

Le débat est ancien sur la distinction entre des approches universalistes qui voient dans la culture une qualité propre à l’esprit humain, dans le patrimoine les productions de la culture dignes d’être préservées au nom de l’héritage de l’humanité, et les approches différentialistes qui privilégient des définitions identitaires de la culture et du patrimoine. Il nous semble que cette opposition franche, qui a certes le mérite de clarifier des concepts et les approches, ne rend pas compte de la complexité des dynamiques sociales des processus d’acculturation et des mutations des sociétés modernes qui ont appris à « bricoler » avec les divers registres de l’héritage et de l’identité. Culture et patrimoine, tout comme la mémoire collective, ne relèvent ni du « devoir » ni de l’essence du social, mais ils procèdent du « travail », de la tension et de la négociation. Chaque groupe, chaque société élabore ce qui est sa culture dans la confrontation avec d’autres groupes, en posant des limites ou en les digérant, entre dynamiques endogènes et dynamiques exogènes. À ce titre, cultures patrimoines et mémoires collectives s’écrivent au pluriel. Pourtant elles fonctionnent aussi comme horizon commun, comme cadre idéologique propre au groupe, elles sont aussi mobilisées dans les imaginaires nationaux ou comme discours universalisant, ils participent de faits de civilisation et là elles relèvent plutôt du singulier qui permet de dire l’écart avec la nature.

Pendant plusieurs siècles, en Europe occidentale, la question de la culture s’est développée entre les trois pôles que sont la culture classique, dans ses versions aristocratique ou républicaine héritées de l’Antiquité ; le paradigme universaliste commun au christianisme et aux Lumières selon lequel les rapports sociaux, dans la tradition établie par la sociologie durkheimienne, déterminent les liens culturels et identitaires ; le différentialisme culturel défendant la primauté culturelle du groupe ethnique sur le statut social des individus.

Culture, patrimoine et mémoire collective ont ainsi toujours en commun de qualifier l’individu et le groupe dans une tension permanente entre la « mêmeté » et l’identité, c’est-à-dire par la dynamique de la construction paradoxale de la ressemblance et de l’altérité. Les groupes humains s’inscrivent dans la durabilité de l’espace et du temps en produisant des discours normatifs sur leur passé, en fabricant des artefacts patrimoniaux qui prennent valeur de symbole et de ressource pour repenser et renforcer les liens collectifs et interindividuels. À ce moment, les pratiques collectives de l’échange mémoriel jouent un rôle essentiel dans la socialisation, elles fonctionnent comme des ressources pour penser le lien au territoire et pour se projeter collectivement dans l’avenir.

Aujourd’hui, de nombreux chercheurs, principalement anglo-saxons, donnent à la culture une place éminente dans l’analyse des processus de la mondialisation. Certaines de ces analyses peuvent sembler incomplètes en négligeant parfois les problématiques de l’exploitation économique ou de la domination sociale. Il est également significatif qu’elles privilégient un paradigme plutôt spatial qui, par exemple en mettant en avant l’analyse des flux, contribue à réhabiliter les théories de la diffusion.

En nous appuyant sur une expérience de plusieurs années de recherche sur divers terrains, régionaux (le bassin minier en particulier) ou d’autres régions françaises (Clermont-Ferrand, Rhône-Alpes…) ou plus lointains (Le Portugal, la Bulgarie, l’Allemagne, Madagascar, l’Afrique de l’ouest), nous souhaitons montrer comment se posent aujourd’hui les questions de la permanence des pratiques, de la production des souvenirs, de la permanence des sentiments identitaires. La mondialisation de la culture n’implique-t-elle pas l’affirmation des phénomènes de patrimonialisation et de sédimentation des mémoires ? L’imaginaire (local, national, mondialisé) ne peut-il se construire hors du flux des images médiatisées ? Comment intègre-t-il alors les images lointaines ? Comment interpréter l’attraction toujours vivante pour le passé et la fabrique continue des traditions ? La transmission n’est-elle devenue qu’un vaste marché, s’inscrit-elle encore dans des pratiques de reproduction ? N’est-il par absurde de penser la mondialisation comme un flux plus ou moins continu ? A contrario, il faudra aussi s’interroger sur les constructions sociales de l’oubli, sur ce dont on ne se souvient pas alors que l’histoire l’a mis en lumière. Une attention particulière sera portée à ces questions dans les endroits qui ont connu des conflits armés, ou qui connaissent encore des tensions intercommunautaires ou des mutations politiques profondes, comme les pays de l’est de l’Europe ou d’Afrique, où les musées ou lieux de mémoires sont l’objet d’enjeux politiques et symboliques particulièrement vifs.

L’ouverture vers le large de la culture et des imaginaires sociaux nous conduit donc à nous interroger sur les manières dont ces derniers sédimentent, sur la façon dont les sociétés les produisent entre images de la modernité et héritages de leurs passés. Beaucoup a été écrit sur les musées, sur les monuments historiques, sur les lieux de mémoire. Il nous semble qu’une réflexion plus poussée, et de nature comparative, mérite maintenant d’être conduite sur ce phénomène, qui devient universel, de la réaffirmation de la notion de « lieu » – qu’il s’agit de distinguer de la notion de local – que nous définirons comme une unité symbolique et pragmatique inscrite dans l’espace, caractérisé par sa stabilité, cristallisant une profusion d’images, de constructions imaginaires, d’investissements affectifs. Au-delà, c’est aussi une réflexion sur ce que peut signifier aujourd’hui la notion de culture populaire que nous engagerons. À cet égard, après avoir privilégié les enjeux de mémoire(s), c’est à présent la question des médias qui constitue le fil directeur de cette réflexion.