Accueil > Programmes

Mobilisations, Engagement, Constructions Identitaires et Territoires (MECIT)

publié le , mis à jour le

Programme 2011-2012.

La dimension de comparaison internationale est fondatrice du programme MECIT, dont les membres inscrivent leurs recherches dans une grande diversité spatiale, avec des terrains situés dans la région Nord Pas de Calais, et d’autres qui se répartissent sur tous les continents. Face aux processus politiques et économiques – tant nationaux que globaux – les dynamiques de mobilisation, d’engagement et de construction identitaire disent et réinventent leur ancrage territorial. C’est pourquoi cette année nous mettons l’accent, au sein du séminaire, sur la question du territoire, de l’espace et des constructions identitaires, dans une perspective inter-disciplinaire (sociologie, anthropologie, géographie). Dans ce cadre, une interrogation particulière sur la question des migrations et de la mobilité spatiale sera privilégiée.

Programme du quadriennal 2006-2009.


Ce programme, qui bénéfice, au sein de la MESHS, de la collaboration avec des collègues de la région, membres d’autres unités de recherche, est composé de quatre volets : les mobilisations collectives, les facteurs de l’engagement individuel, les constructions identitaires, le rapport au territoire.

- Les mobilisations collectives et leurs transformations


Le renouveau des recherches en France sur ces questions a au moins deux raisons. La première résulte du constat d’une décroissance des effectifs des organisations syndicales et politiques (parfois contredite en partie) et du foisonnement simultané de mouvements, souvent spécialisés, organisés, sur le mode associatif ou non, sur des questions aussi diverses que le logement, la défense de certaines catégories de population (chômeurs, sans-papiers, etc.), la lutte contre le racisme, la défense de l’environnement et du cadre de vie et, plus récemment, des mouvements s’opposant ou proposant des alternatives à la mondialisation des échanges. On a pu mettre en relation et opposer à la fois la désaffection pour les organisations traditionnelles (parmi lesquelles il faut compter certaines grandes fédérations associatives) et la multiplication de ces mouvements qu’on a peut-être parfois un peu vite regroupés sous le label de « nouveaux mouvements sociaux ». La prise en compte de ces différents modes d’organisation et leur comparaison apparaissent comme une première façon d’enrichir la compréhension des facteurs de mobilisation collective. Il s’agit de ne pas opposer, comme on le fait trop souvent, nouveaux et anciens mouvements.


La deuxième raison du renouveau des recherches sur ces questions se situe dans la diffusion en France des travaux menés par des sociologues et des politistes des États-Unis d’Amérique, largement inspirés de la problématique de l’acteur rationnel, et qui tentent de rendre compte du lancement d’actions collectives et des facteurs d’adhésion à ces mouvements.


L’analyse des mobilisations collectives ne peut être dissociée de celle du contexte de leur surgissement et notamment des politiques publiques ou de leurs effets. Lesdites mobilisations contribuent d’ailleurs aux changements de ces politiques, aux niveaux local, national, européen ou mondial. La création d’entités politiques nouvelles, inter- ou supranationales, et l’internationalisation des échanges économiques conduisent à une modification des niveaux de mobilisation et de leurs répertoires d’action. Les transformations de l’organisation économique contribuent également à des modifications des modes d’intervention du syndicalisme.


Le rapport entre ces mobilisations et la création ou la transformation d’organisations collectives est analysé. Il s’agit de faire l’histoire de certaines organisations et de certains mouvements adossés à des grandes institutions, religieuses notamment, et à leur passage d’un pays à un autre. Il importe également d’analyser des pratiques dites de citoyenneté ordinaire, en marge des systèmes participatifs institutionnalisés.


Dans ce programme, le souci est partagé de développer des analyses historiques de la naissance et du développement de certaines mobilisations et d’organisations et des politiques publiques ou institutions face auxquelles ces actions collectives sont nées ou à la naissance desquelles elles ont contribué.

- Les démarches des individus qui s’engagent dans ces actions collectives et ces organisations.


La figure du militant, qui est associée à certains types d’organisations, est actuellement souvent mise en question au profit de celles d’engagements plus circonstanciés, peu formalisés ou du bénévolat. Cette mise en cause conduit à s’interroger sur les conditions de possibilité de l’engagement et de l’altruisme qui est au fondement de l’implication des individus dans la défense de causes générales. La question de savoir si l’on assiste à une instrumentation de l’engagement (on ne s’engage que si la cause collective est aussi une cause individuelle) et au déclin concomitant du militantisme « intégral » est particulièrement brûlante dans une région qui se caractérise par la présence importante de grandes organisations (parti communiste, parti socialiste, organisations laïques, mouvements catholiques, etc.) et la densité historique de ses réseaux militants.


Appuyée sur l’analyse historique des organisations, l’analyse de l’engagement ou du désengagement utilisera de façon privilégiée les biographies individuelles. C’est dans le parcours d’une vie que peuvent être saisis les facteurs d’engagement syndical, politique, religieux, caritatif, etc. Et c’est dans l’approche prosopographique que peuvent être saisies les raisons de l’engagement d’un groupe. Il s’agit de tenter de comprendre, en liant les différents aspects de l’existence, les rencontres, etc., les facteurs de l’engagement et de ses transformations (prise de responsabilité, professionnalisation, etc.) et de ses effets en retour sur la carrière professionnelle ou la vie familiale. Les transformations du religieux affectent globalement l’implication des individus dans l’action sociale et politique. L’engagement peut être valorisé de différentes façons par les individus ou les groupes. Il est projeté également de poursuivre l’analyse des modalités de l’adhésion à des organisations, syndicales, politiques, associatives ou de l’engagement privilégié de certaines catégories sociales dans ces organisations.


La figure contemporaine de l’engagé, à la fois idéalisée et décriée, est le plus souvent caractérisée par le volontariat et la libre adhésion de l’individu dans des associations de formes diverses. La désaffection pour l’offre politique s’accompagne de la quête de formes nouvelles d’implication politique, voire infra politique. Il importe de voir surtout comment s’articule le lien entre injonction à la responsabilité individuelle et les contraintes, particulièrement celles dues à l’appartenance sociale. On voit notamment prendre forme des engagements sur base communautaire, mettant en question l’individuation qui caractérise la modernité, sous forme de revendication identitaire ethnique ou religieuse notamment. L’injonction à l’engagement apparaît également aujourd’hui comme pratique managériale dans les entreprises ou comme façon de concevoir le lien entre individu et société. Elle apparaît aussi quand le contrat se substitue à la seule application de droits dans l’action sociale (RMI, PARE, etc.). De plus en plus aussi, dans certaines activités, la frontière entre les formes volontaires d’engagement et l’implication professionnelle devient floue. On retrouvera une injonction analogue dans les incitations à la dite démocratie participative qui requiert l’implication personnelle des individus dans la politique (développement des quartiers, politique de la ville, etc.).

- Les constructions identitaires


L’utilisation du concept de l’identité est souvent mise en question pour le caractère immuable, anhistorique de celle-ci. La naturalisation de certaines formes d’identité, ethniques par exemple, a pu contribuer à l’exacerbation de certains conflits. Dans les recherches en cours, il s’agit plutôt de voir comment se construisent des formes identitaires à travers des mobilisations, des actions collectives, par exemple l’indianité en Amérique latine. Celles-ci prennent forme notamment en réaction à l’usage de catégorisations construites et imposées par les politiques publiques) et à l’assignation de certaines catégories de populations dans certains quartiers. Mais elles aboutissent aussi à la définition de catégories nouvelles de représentations, en particulier politiques. La constitution de catégories sociales, ethniques, etc. comme représentations de la réalité sociale mais aussi comme catégories de connaissance, tant dans les politiques publiques que dans les mobilisations qui leur font face, est une des questions qui mobilise les chercheurs rassemblés dans ce programme.


Il s’agit de voir non plus seulement quels sont les motifs de l’action mais au nom de qui elle est menée : consommateurs, ouvriers, femmes, indiens, etc. Dans l’action, des identités stigmatisantes peuvent être combattues et parfois inversées. C’est aussi dans l’action que se revendiquent des « nous » qui ensuite perdurent. Un regard particulier sera accordé à des groupes qui se constituent dans la lutte sur l’absence de la base d’une identification possible : les « sans » (sans-terre, sans-papiers, sans-travail, etc.). Comment se constituent ainsi des identités par opposition à d’autres groupes mais aussi par dépassement de différences entre groupes.


Certaines identités sont englobantes, intégrales. Elles subsument les différents aspects de l’existence. C’est le cas de certaines appartenances de classe, professionnelles, ethniques, religieuses ou politiques. D’autres sont partielles et entrent parfois en opposition les unes les autres dans les groupes et chez les individus eux-mêmes. Le propre des sociétés contemporaines est sans doute que les individus ont à assumer des identités diverses et à gérer le passage de l’une à l’autre. À l’inverse, l’ethnicisation de certaines luttes permet à des groupes de protéger leur existence menacée par les transformations économiques ou institutionnelles. Institutions formalisées par le droit et référence à la tradition, religieuse notamment, peuvent s’appuyer mutuellement ou, dans certaines circonstances, s’opposer, selon les intérêts de groupes sociaux antagonistes.


Le déplacement géographique de certaines populations ou de certains groupes est un facteur de transformation des identités : dilution, renforcement par défense dans une situation de rejet, référence mythique aux origines, etc. La migration produit des recompositions identitaires. Le recours au passé, à la mémoire, la patrimonialisation de certains objets ou coutumes sont des éléments de protection et de reconstitution de l’identité. Sur ce point notamment, ce programme rejoint un autre programme du Clersé. La constitution d’une entité politique nouvelle, telle l’Union européenne, conduit-elle à une identité nouvelle, supranationale ? Sans doute celle-ci se fabrique-t-elle (d’abord ?) dans une élite transnationale mobile nouvelle.

- Les territoires


Évoquer les déplacements, les migrations renvoie au territoire, vécu ou mythique. Les migrations mettent en question les frontières. Mais elles peuvent conduire à un renforcement de celles-ci. Lorsque le territoire est celui de la mise à l’écart, de la relégation, il y a identification forcée de certaines populations.


De façon plus globale, on considérera les rapports entre groupes sociaux comme inscrits dans l’espace, urbain ou rural. Les structures politiques, formelles ou non, s’appuient sur un découpage du territoire, à différents niveaux. La concurrence pour le leadership et pour la légitimation de celui-ci met en jeu ce rapport à l’espace. L’analyse de l’exercice de la démocratie notamment ne peut faire abstraction des divisions institutionnelles de l’espace, elles-mêmes enjeu de luttes (voir le séminaire Ville et démocratie, organisé conjointement avec le Ceraps, Lille 2). Beaucoup de mobilisations collectives ont un enjeu territorial. Il s’agit pour un groupe de marquer un espace ou de revendiquer l’autonomie politique d’un territoire, une région par exemple, un quartier de ville, etc. Ces mobilisations fournissent également un moyen de renouvellement des élites. Elles comprennent parfois la conquête de territoires nouveaux ou la défense de frontières, jusqu’à la guerre parfois.


La globalisation affecte les structures des sociétés locales et le rôle des acteurs locaux. Ces transformations sont aggravées dans les pays rendus à leur indépendance après l’éclatement de l’URSS. On constate notamment l’autochtonisation de l’État et le développement de nouveaux nationalismes qui peuvent mettre en péril l’existence même de l’État.


Les identités territoriales peuvent entrer en conflit avec d’autres facteurs d’identification (classe sociale par exemple). La défense d’une identité liée à une localité peut apparaître comme moyen de protection de certaines catégories de population ou comme moyen d’émergence de nouveaux rapports de pouvoir.


Dans plusieurs des recherches, on continue de développer la comparaison de ce qui se passe dans plusieurs pays (France, Ouzbékistan, Afrique du Sud, Liban, Bolivie, Brésil et Mexique, notamment). Une des volontés communes de l’équipe de recherche est également de valoriser l’approche historique dans chacun des volets de ce programme. La volonté d’associer plus directement la recherche à la formation se traduit par l’ouverture du séminaire du programme aux étudiants du mastère recherche.

mecit.pdf