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Économie et Sociologie du Travail, de l’emploi, de la Formation et de l’Éducation (ESTEFE)

publié le , mis à jour le

Thématiques du programme

Les travaux de ce programme reposent sur une exploration des changements économiques et sociaux à partir du travail et de l’emploi dans les entreprises et les services publics. Précédemment composé d’économistes du travail et des ressources humaines, à partir de septembre 2009, le programme s’est ouvert aux sociologues et aux démographes pour engager une réflexion commune et favoriser les recherches pluridisciplinaires sur les transformations récentes des marchés du travail et de leurs dynamiques de segmentation, des formes d’emploi, des conditions de travail (traversées par les questions de genres et de classes), des modes de gestion de la main-d’œuvre. Les recherches se sont également orientées vers l’analyse des groupes professionnels, à travers leurs organisations pratiques, les processus de reconnaissance et de professionnalisation, les cycles d’éducation et de formation, dans un rapport aux outils de gestion et aux dispositifs d’apprentissage, de qualification et de reconversion. Ces processus de transformation ont le plus souvent été appréhendés à partir des orientations stratégiques et politiques des entreprises privées, des établissements et services publics, du secteur associatif. Plus généralement, les recherches de ce programme se sont poursuivies en approfondissant tant que possible les comparaisons internationales.

Un premier champ d’investigation est constitué par les mutations des régimes d’emploi, avec une progression des horaires et des emplois non standards qui complexifient les conciliations entre vie professionnelle et vie familiale (V. Delsart, N. Vanecloo). Ces mutations interrogent les effets des politiques familiales et des politiques d’entreprises sur les articulations entre emploi et famille (A. Bustreel, F. Cornuau, M. Pernod-Lemattre), ou sur les crises biographiques consécutives à la perte d’emploi (O. Mazade). Une série de travaux porte sur les transformations des mondes du travail, des processus normatifs saisis à travers les activités et les pratiques concrètes tant dans les secteurs publiques que privés (F. Delarue, M. Dressen, J. Finez, P. Hanicotte, S. Muller). Ces transformations sont également appréhendées à partir des effets des restructurations sur les identités collectives et les formes de mobilisations qu’elles suscitent (A. Bory, I. Sainsaulieu, C. Guillaume, J. Verdière). Dans des perspectives complémentaires, des recherches sont menées sur les marchés du travail, les stratégies d’entreprises, les politiques de ressources humaines liées aux formes d’engagement au travail. (I. Bierla, T. Delclite, B. Huver, S. Richard, A. Léné, F. Stankiewicz). Une dernière série de recherches porte sur les groupes professionnels, à partir des processus de professionnalisation ou de reconnaissance (S. Fleuriel, P. Roquet), mais aussi des systèmes d’éducation, de formation et de reconversion, dans leur relation aux mondes économiques, aux formes d’apprentissage à différents niveaux (B. Cart, M.-H. Toutin, P. Grevet, B. Monfroy, C. Negroni).

Journées d’étude

Le programme qui s’appuie sur des séminaires publics (cf. annexe), a organisé trois journées d’études, d’une part pour approfondir les réflexions sur la dimension internationale des recherches, et d’autre part pour étayer la problématique des prochaines Journées Internationales de Sociologie du Travail (JIST) qui se dérouleront en 2014. En novembre 2011, Pablo Lopez Calle, de l'université Complutense de Madrid, et Rafael Ibañez Rojo, de l'université Autonome de Madridnous, ont présenté leur enquête sur un pôle de développement industriel au sud de Madrid (Coslada), reconverti dans la logistique et l’auto-entrepreneuriat de transport, suite à la crise du secteur automobile. Les journées d’études de juin 2012 et de juin 2013 ont porté sur les « marges » du travail et de l’emploi, et les extensions de la notion tant en sociologie, qu’en économie. La journée de 2012 a accueilli Fabrice Guilbaud (CURAPP-ESS) : « La normalisation par le travail et les exclusions institutionnelles. Des détenus aux handicapés, des travailleurs invisibles aux marges du salariat » ; et Héloïse Petit (CEE et CES-Université Paris 1) : « Quel avenir après une rupture de la relation d’emploi ? Une analyse empirique à partir de données françaises du début des années 2000 ». La journée de 2013, portant sur le bénévolat aux marges du salariat, a accueilli Maud Simonet (IDHE CNRS) : « Travailleurs bénévoles et salariés dans les parcs de New-York : les frontières du salariat » et Lionel Prouteau (LEMNA) : « Le bénévolat associatif. Un travail qui ne compte pas ? ». Ces trois journées ont permis de préparer les JIST (13 membres d’ESTEFE sont dans le comité d’organisation, associés aux programmes SERAS, MECIT, FSPV) qui sont la manifestation scientifique la plus importante se déroulant en langue française entièrement consacrée à la transformation des mondes du travail.

Le programme a noué un partenariat avec le CEIL-CONICET (Buenos Aires, Argentine) sur l’analyse des transformations des relations professionnelles en France et en Argentine, ainsi qu’avec le Centre Charles Babbage (Centre de recherche en sociologie du travail) de l’université Complutense de Madrid sur les reconversions professionnelles et la création d’activités dans les territoires désindustrialisés.

- Tomo Nishimura, maître de conférences en économie à l’Université de Kwansei Gakuin (Japon) invitée en 2011-2012 par Anne Bustreel, a participé aux séminaires et à la réflexion collective sur la qualité de l’emploi et les formes d’emploi aux marges du salariat.

Liens avec d’autres organismes

- Ce programme accueille depuis sa création, le Centre Associé Régional du Cereq, ce qui permet une coopération heureuse entre la recherche académique, l’expertise (notamment régionale) et la participation aux missions du Cereq.

- ESTEFE est en lien avec la Plateforme Universitaire des Données de Lille, dont Frédérique Cornuau coordonne les activités. La PUDL fait partie du dispositif national de mise à disposition de la recherche des grands fichiers d’enquête produits par des organismes publics ou parapublics (INSEE, INED, Ministères, CNRS, centres de recherches universitaires ou publics). Elle sert de relais local au Réseau Quetelet. Son objectif est de permettre aux enseignants-chercheurs, doctorants et étudiants de Master de la région Nord-Pas-Calais de bénéficier de l’ensemble des ressources liées à l’exploitation des grands fichiers d’enquêtes.

Les séminaires ESTEFE

Les activités du programme « Économie et Sociologie du Travail, de l’Emploi, de la Formation et de l’Éducation » (ESTEFE) se sont appuyées d’une part sur son séminaire mensuel, d’autre part sur des journées d’études auxquelles ont participé ses membres.

Le séminaire de l’année 2009-2010 était articulé autour de la volonté de développer les échanges entre économistes, sociologues et démographes autour des thématiques du travail, de l’emploi, de la formation et de l’éducation, afin de confronter les démarches et les outils de compréhension pour faire un état des rapprochements et dissemblances disciplinaires. Dans cette perspective, ce séminaire a privilégié les interventions sur des recherches en cours ou achevées de membres du programme. Brigitte Monfroy, Bernard Convert, Patrice Grevet et Lise Demailly ont présenté leurs démarches et leurs résultats de recherche en sociologie et économie de l’éducation et de la santé, à partir de la notion de marché, appliquée à l’enseignement et au secteur hospitalier. Un autre cycle de séances était consacré aux temporalités de travail et aux temps sociaux. Dans ce cadre, Florent Delarue a présenté sa recherche doctorale sur la flexibilité interne et les horaires de travail dans la grande distribution ; Anne Bustreel et Frédérique Cornuau, une sociographie des salariés bénéficiant d’emplois favorables à la conciliation vie privée – vie professionnelle ; Valérie Cohen et Marnix Dressen, sur les rapports subjectifs du temps au travail des conducteurs de train de la SNCF et d’entreprises privées. La dernière thématique consacrée aux mobilités et trajectoires professionnelles a permis à Olivier Mazade de présenter le suivi de long terme de salariés de l’industrie en cours reconversion, et à Cécile Guillaume, les effets des restructurations sur le salariat stable.

En 2010-2011, les séances ont porté sur la notion de qualité de l’emploi, mobilisée dans certaines de nos recherches en cours, à la fois comme indicateur pour saisir des régimes d’emploi, et comme catégorie située à partir de réalités protéiformes. Un atelier de recherche a été consacré à mettre en regard les approches disciplinaires à partir des travaux de Florent Fremigacci et Yannick ‘'Horty CEE sur la qualité de l’emploi en France. Christine Erhel, du Centre d’Économie de la Sorbonne, a soumis à la discussion l’enquête menée avec Lucie Davoine sur la qualité de l'emploi en Europe à partir d’une approche comparative et dynamique. Michel Gollac de l’Ensae, a fait état des activités du collège d’expertise qu’il présidait sur les risques psychosociaux au travail, la définition problématique d’indicateurs et leurs usages par les entrepreneurs. Anne Bory a fait le récit d’une enquête ethnographique durant la fermeture d’une usine permettant de signifier le rapport au travail et à l'emploi des anciens salariés à partir d’expériences de chômage et de reclassement. Benjamin Huver a présenté les recherches menées avec Ingrid Bierla et Sébastien Richard sur l’influence des managers dans le phénomène du présentéisme des salariés des entreprises.

Le séminaire de 2011-2012 s’est appuyé sur deux axes thématiques envisagés dans leur complémentarité. I. « Les conditions de travail et les comportements au travail » visant à mieux comprendre les relations entre conditions de travail et satisfaction au travail, et plus largement, les conséquences de la flexibilisation des organisations (en termes de précarité, d’intensification, etc.) sur le rapport à la satisfaction. II. En lien avec le programme MECIT, « Travail, Trajectoires et territoires » interroge le territoire, non pas comme cadre mais comme inscription et enjeu de la division du travail (salarié, domestique, éducatif, etc.) entre groupes sociaux, catégories d’âges, sexes, classes, communautés, aux trajectoires individuelles et collectives structurantes. Dans ce cadre, Tomo Nishimura, de l’université de Kwansei Gakuin (Japon) a présenté son travail sur les effets de la crise sur les travailleurs « irréguliers » au Japon. Yves Lacascade a proposé des chapitres de sa thèse sur les trajectoires professionnelles et matrimoniales de fils de travailleurs immigrés algériens dans un quartier désurbanisé d’une petite ville désindustrialisée. Milena Doytcheva, du CERIES, a présenté les résultats de son enquête sur les entreprises engagées dans « la promotion de la diversité », et Cécile Vignal, sur les arbitrages résidentiels des salariés d’entreprises concernées par des délocalisations d’emplois. Cédric Lomba, du CSU-CRESPPA-CNRS est intervenu sur la mobilisation au travail des salariées du bassin sidérurgique liégeois, en fonction des périodes d’ouvertures et de fermeture des hauts-fourneaux.

Le séminaire 2012-2013 s’est centré sur la thématique : « Travail et emploi à la marge. Aux marges du travail et de l’emploi. Perspectives internationales ». Celle-ci répondait à un double objectif : d’une part accompagner la réflexion sur les recherches en cours au sein du programme qui portent une dimension internationale, et d’autre part préparer la thématique des Journées internationales de sociologie du travail (JIST) qui se dérouleront à Lille 1 et au Clersé en juin 2014, et dont le comité d’organisation est en grande partie composé de membres du programme ESTEFE (et également des membres de SERAS et MECIT). Christian Azaïs de l’IRISSO et Donna Kesselman de l’université Paris Est Créteil ont présenté leur démarche d’enquête sur les « zones grises » de l’emploi, un concept mis à l’épreuve dans dans la comparaison internationale du travail à partir de l’exemple des États-Unis, du Brésil et de la France. Maxime Quijoux est intervenu à partir de l’ouvrage issu de sa thèse sur les entreprises récupérées par leurs salariés en Argentine et en France. La présentation de François Michon du CES-CNRS, a porté sur les formes particulières d'emploi en France et dans le monde. Benoit Cart et Marie-Hélène Toutin (CEREQ) nous ont permis d’échanger sur les ruptures de contrats d’apprentissage et les formations qualifiantes pour les jeunes non diplômés. Sébastien Chauvin de l’université d’Amsterdam, AISSR, (séminaire co-organisé avec le programme VNI) a présenté ses recherches sur la division ethnique de la précarité à partir de la situation des noirs et hispaniques sans-papiers, travailleurs journaliers à Chicago. Enfin le collectif de recherche ‘Rosa Bonheur’ (Anne Bory, José Calderon, Valérie Cohen, Blandine Mortain, Séverin Muller, Juliette Verdière et Cécile Vignal) ont présenté leur enquête d’ethnographie comparée sur le travail d’organisation et de subsistance des classes populaires sur trois territoires désindustrialisés en France, en Espagne et en Argentine.