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Axe 2 - Mondes du travail et mondes privés

publié le , mis à jour le

Coordination : Bernadette Tillard, Alexandre Léné

Cet axe analyse les rapports sociaux et les relations sociales au travail, dans la famille et dans la sphère privée d’une manière plus générale, en mettant l’accent sur les interdépendances de ces sphères.


Orientation problématique

La problématique des recherches menées s’appuie sur deux points distincts :

  • une perspective délibérément empirique attentive aux relations sociales est adoptée. En effet, les recherches centrées sur les « mondes sociaux », offrent des opportunités pour mieux appréhender les processus collectifs et les transformations sociales dans leur complexité. La notion de « monde » permet de souligner, d’une part, la stabilité de l’organisation d’un certain nombre de « structures d’activité collective » et, d’autre part, la dynamique de segmentation et de reconfiguration des frontières entre mondes, résultant de rapports de force entre acteurs collectifs,
  • une analyse – en termes de rapports sociaux (de classe, de genre et de générations notamment) au sein de ces mondes et entre eux – est associée. Chacun de ces mondes est traversé par des dynamiques d’appropriation du travail d’autrui et par des dynamiques de valorisation des ressources matérielles et symboliques des individus et des groupes sociaux. Ces dynamiques construisent de façon complexe des processus de séparation et de hiérarchisation, et reproduisent de manière toujours renouvelée, et souvent redoublée d’un monde à l’autre, les inégalités sociales.

L’axe envisage ainsi des mondes sociaux traversés par des logiques et des temporalités propres, requérant une analyse à la fois interactionniste et structurale. En ce sens, il s’agit d’approfondir l’analyse de chacun de ces mondes sociaux et de leurs articulations en considérant les frontières entre ces mondes comme « poreuses ».
Le travail est appréhendé comme une catégorie fondamentale, à la fois en pratique et pour l’analyse, afin de penser plus largement la production et la reproduction de la vie sociale. La reconfiguration des formes de contrôle – d’autonomie, de dépendance et de domination – dans ces différentes sphères constitue le fil directeur de l’analyse.
L’axe s’inscrit ainsi dans une problématisation issue de la sociologie et de l’anthropologie du travail, de la famille, de la santé, de l’immigration, de l’éducation. Il intègre également la démographie par l’analyse de trajectoires de vie selon les contextes politiques et socio-économiques. Les cadres théoriques multiples de l’économie du travail et de l’économie des ressources humaines sont aussi mobilisés en intégrant les apports de la gestion des ressources humaines et de la sociologie de l’emploi autour des modes de gestion de la main-d’œuvre, qui sont ainsi analysés comme le résultat de dynamiques de segmentation fine des marchés du travail, comme celui d’interactions stratégiques ou de systèmes d’incitation.


Méthodologie

L’analyse des mondes du travail et celle des mondes privés exigent par ailleurs une ouverture méthodologique pour rendre compte des propriétés spécifiques de chacun des mondes, mais aussi dépasser les effets de cloisonnement entre ceux-ci, afin de saisir les agents sociaux dans leur pluralité de statuts, à la fois comme travailleur, membre d’une famille, adhérent d’une association, patient, etc. Ce projet suppose de mettre en œuvre des méthodes qui ne bornent pas le travail d’enquête à l’analyse d’un seul rôle quand les individus endossent indifféremment ces rôles à travers le temps. Les travaux des chercheurs impliqués sont réunis par leur forte dimension empirique. Celle-ci s’appuie sur des méthodes variées, parfois croisées : entretiens, observations directes, analyse d’archives, production et analyse de données quantitatives de sources variées (enquêtes publiques, données d’entreprise, données administratives, etc.), analyses de réseaux sociaux, économétrie. Ces méthodologies recoupent aussi les disciplines présentes dans cet axe.


Déclinaisons thématiques

Les recherches menées dans cet axe s’orientent autour de trois thèmes fédérant les chercheurs.


1. Travail et dynamiques professionnelles

Les mondes du travail sont conçus au travers des relations et des représentations au travail, des relations professionnelles, des groupes professionnels, de l’organisation et de la division du travail, mais aussi du travail compris comme activité pour la production et la reproduction de la vie dans différentes sphères de la vie sociale. Dans cette perspective, les analyses seront centrées sur les activités et les pratiques concrètes, sur les usages et les représentations comme enjeux et formes d’appropriation du travail en termes d’identité et de reconnaissance (le chômeur comme travailleur, le savoir organisationnel du travail domestique, les activités de subsistance parallèles au salariat, etc.). Compte tenu de cette perspective, trois dimensions seront explorées.

Les transformations contemporaines des mondes du travail et de l’emploi se caractérisent par une individualisation du rapport salarial, une montée de la précarité au travail et des formes d’emplois « atypiques » qui le sont de moins en moins (temps partiel subi, embauche en Contrat à durée déterminée, intérim, emplois aidés, etc.). Il s’agira donc d’en examiner les conséquences. Ces salariés du « précariat » – fragilisés sur le plan professionnel et social – développent des capacités d’actions collectives et individuelles pour la subsistance, qui indéterminent les frontières entre mondes du travail. Il s’agit donc ici de s’affranchir des frontières analytiques entre travail et hors-travail, en envisageant par exemple le foyer comme unité pertinente d’accès au travail, et de production du travail. Plus encore, comment envisager les réseaux de parenté, de voisinage, comme des systèmes organisés de travail faisant intervenir différents groupes sociaux et différentes modalités de division des tâches ? Dans le même ordre d’idées, il y a l’ambition de montrer que l’intensification du travail professionnel et la flexibilisation temporelle de la norme salariale, ne sont aujourd’hui soutenables – en termes d’équilibre psychophysique des salariés – que par l’existence d’un travail de care réalisé au sein de la famille qui n’est pourtant pas reconnu. Aujourd’hui la fragilisation de la norme familiale fordienne, en parallèle avec le désengagement de l’État social, viennent ainsi à se répercuter de manière négative sur les conditions de vie au travail des salariés, et notamment des plus déqualifiés d’entre eux. Enfin, si les incursions de la vie personnelle dans le travail sont encadrées par les employeurs (privés et publics), les compétences personnelles construites par la socialisation primaire et les expériences de vie de l’individu sont maintes fois sollicitées dans la vie professionnelle, et posent des questions nouvelles sur ce qu’est l’expérience socialisatrice du travail pour les salariés.

Les modes de gestion de la main-d’œuvre ainsi que les relations employeurs-employés jouent un rôle central dans la définition des conditions de vie et de travail des salariés. Les politiques d’entreprise, mais aussi les politiques publiques de l’emploi et de la formation, contraignent les comportements des salariés et sont également influencées par ces derniers. Il s’agira donc aussi de comprendre les transformations des stratégies de ressources humaines et leurs effets sur les comportements individuels au travail et à l’égard du travail. En particulier, les politiques menées (ou non) par les entreprises (politiques de fidélisation de la main-d’œuvre, d’incitation à l’effort, d’égalité ou d’articulation vie familiale-vie professionnelle, de formation) interagissent avec les comportements des salariés mais de manière différenciée selon le genre, l’âge, le niveau de qualification. Une première piste de recherches se donnera pour objectif de comprendre et de décliner les conditions propices à l’implication des salariés au travail : quels sont les modes d’organisation du travail qui produisent de l’engagement ou du désengagement de la part des salariés, sont-ils identiques selon le genre ? Comment s’expliquent le présentéisme et l’absentéisme en entreprise ? Hommes et femmes manifestent-ils des comportements réellement différents ? Quels modes d’organisation du travail favorisent l’égalité entre hommes et femmes ? Une seconde piste s’intéressera aux conditions de production de la formation, de la qualification et des compétences chez les jeunes et chez les travailleurs en emploi. Ici, l’expertise du Cereq, sur la relation formation-emploi, entretient et stimule des questionnements sur l’insertion des jeunes sur le marché du travail et sur le début de carrière. Dans ce sens, la question sera de comprendre comment se bâtissent les compétences tant comme résultats de l’activité de formation (alternante ou non) que comme composante de l’activité professionnelle.

Enfin, un autre aspect au cœur des mondes du travail concerne les transformations qui affectent les groupes professionnels, suscitées notamment par le retrait de l’influence étatique ou la diffusion de nouveaux modes de « gouvernance », à l’instar de ce qu’on appelle désormais communément le nouveau management public. Ces groupes seront appréhendés à travers leurs réseaux de concurrence et de coopération éclairant ainsi les diverses formes de segmentation à l’œuvre au sein de ces mondes professionnels. Une telle perspective permettra de confronter les dynamiques à l’œuvre dans de nombreux secteurs d’activité – la santé, le sport, la culture, l’industrie, les services, le petit commerce et l’artisanat, etc. – en examinant, à la fois, la manière dont les univers professionnels et les catégories d’acteurs interagissent entre eux, et les liens que ceux-ci entretiennent avec l’État. Partant d’une mobilisation et d’une confrontation de différents courants de recherche (l’analyse néo-structurale, la sociologie interactionniste, la sociologie des professions, etc.), l’objectif sera d’éviter les dérives d’une sociologie des groupes professionnels uniquement centrée sur les enjeux de délimitation et de quête d’autonomie. Il s’agira d’analyser les effets de ces dynamiques sur les activités professionnelles et les politiques publiques sous-jacentes.

À côté d’autres métiers, les professions médicales et paramédicales constitueront un terrain propice à l’étude des changements professionnels. Les évolutions récentes en matière d’organisation des soins sont particulièrement révélatrices des dynamiques de coordination et de coopération mais aussi de concurrence qui traversent le monde de la santé, notamment dans le cadre de l’hôpital.

Dans un univers tel que celui du sport, la lente structuration du travail sportif, abusivement appelée « professionnalisation », résulte :

  • d’une part de rapports de force complexes entre différents groupes constitués (dirigeants, entraîneurs, médecin, athlètes, journalistes, etc.) eux-mêmes pris dans des enjeux de reconnaissance corporatistes,
  • d’autre part de l’évolution du jeu de délégation de service public entre l’État et les fédérations sportives,
  • et enfin de l’évolution des relations entre employeurs et employés dans un cadre conventionnel. Penser le travail sportif implique donc bien ici de tenir ensemble ces différentes dynamiques, pour en croiser les convergences et pointer les interférences.



2. Famille, santé, socialisation, éducation
L’analyse des mondes privés nécessitera que l’on examine les relations des familles avec les institutions sanitaires, sociales et éducatives, les processus de socialisation ou encore les modalités d’adaptation des familles face aux transformations sociales, aux crises économiques et aux migrations. Ces recherches conjuguent les différentes méthodologies développées dans le laboratoire et mobilisent en particulier les outils de l’analyse sociologique, ethnologique et démographique. Les chercheurs collaborent depuis 2004 avec des chercheurs du Ceries de l’Université Lille 3 autour d’un séminaire commun. Trois déclinaisons thématiques se dégagent :

  1. Le thème de la famille sera abordé sous l’angle de ses relations avec les institutions sanitaires, sociales, éducatives, judiciaires et policières. Nous regarderons comment les institutions et les politiques publiques façonnent les familles mais aussi comment elles contribuent à définir, de manière formelle et informelle, des rôles sociaux de parenté et des rapports intergénérationnels. En outre, à l’aide des méthodes démographiques, nous analysons la place de l’intervention sociale au sein de trajectoires individuelles dans des contextes territoriaux divers en termes de politique de prise en charge et de ressources socio-économiques. Si les professions de santé, de l’aide à domicile, des services à la personne ou du travail social interviennent sur la vie familiale, son organisation, ses croyances, ses modalités d’entraide et de transmission, les familles ne sont cependant pas pensées uniquement comme le support des politiques publiques et des interventions sociales. Il ne s’agit donc pas tant de rendre compte de formes renouvelées de police des familles que de nous attacher à analyser les pratiques quotidiennes mises en œuvre au sein des familles, lesquelles s’exercent certes sous contrainte institutionnelle et sont catégorisées par les politiques sociales, mais peuvent aussi se déployer dans les interstices des institutions, comme autant de pistes d’organisation propres ou de résistance. Ainsi, en situation migratoire, la famille est le lieu d’observation privilégié de l’acculturation. Dans cet espace de socialisation primaire, se vivent les tensions entre pratiques éducatives issues de culture d’origine et contraintes imposées tant par les conditions matérielles de vie quotidienne que par les normes de la société d’accueil. Ce contexte nouveau impose aux parents de reconsidérer le statut de l’enfant, les relations intergénérationnelles et de genre. Leurs pratiques éducatives s’exercent dans l’intimité contrainte par le regard des professionnels des champs sanitaire, social et éducatif, celui de leurs compatriotes immigrés et celui de la famille éloignée mais toujours présente grâce aux moyens de communication. Par ailleurs, l’étude des conditions de vie de jeunes à la fin et après le placement tient compte de sa trajectoire passée dans et en dehors des prises en charge ainsi que de ses ressources personnelles, familiales ou plus largement en termes d’entourage. Sur un territoire donné, les relations familiales sont autant de ressources localisées et entrent dans la composition d’un capital d’autochtonie qui éclaire les trajectoires résidentielles et professionnelles des individus et des ménages. La prise en compte des enjeux familiaux et conjugaux des parcours professionnels et résidentiels renouvelle ainsi les analyses des transformations du marché du travail et de l’emploi ou du logement, notamment chez les ouvriers dans les pays ou les régions où le secteur industriel (textile, mécanique, minier, métallurgique) s’est effondré.
  2. L’analyse des dynamiques propres aux mondes privés nécessitera également de privilégier l’étude des processus de socialisation (tant dans la sphère familiale que dans la sphère des loisirs ou encore médiatique) et d’analyser leurs effets sur les pratiques corporelles, la sexualité et la santé des individus. Une attention particulière est portée aux retombées des politiques sanitaires. La médicalisation de la naissance, du handicap, de la souffrance et de la mort interroge les frontières entre la famille et les autres institutions, entre le corps comme lieu de l’intimité et comme objet d’intervention professionnelle. De telles recherches invitent à développer une réflexion tant historique que théorique et méthodologique sur la sphère de l’intime, du corps, des émotions mais également sur les âges de la vie (l’enfance, l’adolescence, la fin de vie, etc.) et les transformations qui les affectent. L’attention portée à de tels processus permet de com¬prendre comment se construisent certaines dispositions ou, au contraire, la manière dont se renforcent les inégalités, en lien avec les politiques éducatives et en amont de l’insertion professionnelle. Ainsi en va-t-il, par exemple, de la « vocation » en faveur de nombreux métiers, vocation dont il convient de pointer le caractère collectif, notamment familial, ainsi que les ressorts sociaux et sexués. Les modes d’intégration des jeunes nécessitent également de se référer à leur filiation et à tout ce qu’elle implique en termes de transmissions intergénérationnelles. Il importe donc de s’intéresser aux sens, significations et enjeux de ces transmissions familiales, en rapport avec les modalités d’insertion. L’hétérogénéité des orientations et l’inégalité repérée quant aux formes de l’insertion professionnelle ne peuvent en effet être comprises sans tenir compte de ce qui se joue en termes de socialisation familiale et scolaire, selon les contextes socioéconomiques d’origine.
  3. Enfin, l’interface entre travail professionnel et travail profane sera investiguée à partir de différentes approches. Que ce soit dans la santé, dans l’intervention sociale ou dans la famille, professionnel-le-s et profanes sont en constante interaction. L’activité des un-e-s conditionne celles des autres au sens des normes et des pratiques. Ceci est particulièrement perceptible dans les soins de maintien à domicile des personnes âgées ou dans l’hospitalisation à domicile qui se développe et concerne progressivement les différents âges de la vie. C’est cette co-construction que nous cherchons à interroger et le travail (qu’il soit domestique ou professionnel) en constitue une base matérielle.


3. Au croisement du travail et du hors travail

L’analyse des mondes privés et des mondes du travail suppose de prendre à bras le corps la question de l’articulation entre travail et hors travail, ce dernier étant compris d’abord comme le domaine familial et par extension comme les cercles du proche et de l’intime. On s’intéresse donc aux croisements entre divers objets, dans plusieurs directions, avec au moins deux articulations repérables au stade actuel.

Soulignons tout d’abord l’articulation entre les phénomènes d’interconnaissance locale et les activités de travail. Ainsi, l’attention portera sur les effets de l’activité de divers professionnels (enseignants, travailleurs sociaux, médecins, etc.) auprès de publics captifs ou ancrés localement, sur leur résonance avec les stratégies résidentielles des habitants, leurs mobilisations collectives, leurs pratiques quotidiennes (qu’elles touchent la santé, l’éducation, l’alimentation, l’habitat, etc.). Elle pourra encore s’attacher au tissage des réseaux locaux d’interconnaissance entre professionnels, de même que les mécanismes de réflexivité, d’engagement et de représentation qui y sont en jeu de part et d’autre. Des activités traditionnellement cantonnées au monde privé (care, bricolage, etc.) seront également analysées comme du travail d’autant mieux que certaines deviennent en elles-mêmes des activités rémunératrices et vécues comme des activités professionnelles, dans un cadre déclaré ou non (aide à domicile, menues réparations, travaux de couture…). Seront ainsi prises en compte les nouvelles formes de « privatisation » ou de marchandisation du travail domestique, assurées souvent par des femmes issues des classes populaires et/ou de l’immigration. En outre, celles-ci interviennent très directement dans l’espace privé de ceux qui y ont recours. Enfin, les évolutions du travail salarié (désindustrialisation, individualisation, injonctions à la mobilité…) et la prégnance du chômage dans certains territoires permettent d’observer la façon dont les pratiques quotidiennes familiales et de voisinage s’organisent, évoluent et s’articulent, pour accéder aux ressources essentielles.

De plus, mais de façon parfois emboitée avec la précédente, on peut distinguer un axe d’interrogation sur les effets du travail, salarié ou indépendant, sur l’espace privé de ceux et celles qui travaillent, et de leurs familles, et sur les effets des mondes privés sur la vie au travail et le rapport au travail, voire sur les compétences dans le cas des métiers relationnels. Les effets de l’organisation du travail et des politiques d’entreprise – ou, plus largement, organisationnelles – sur la vie personnelle, conjugale et familiale (gestion du temps, gestion du corps, mobilité, division sexuelle du travail domestique) occuperont une place essentielle, tout comme les effets des restructurations et de la privation d’emploi. La question de la structuration des marchés du travail local sur les configurations familiales, sur la vie quotidienne, sur l’accès au travail fera partie intégrante de l’analyse tout comme celle des liens entre monde privé et rapport au travail.

La diffusion d’organisations du travail flexibles multiplie les contraintes temporelles au travail alors que de nombreux salariés ayant des contraintes familiales sont présents sur le marché du travail. Les difficultés de conciliation qui s’ensuivent peuvent conduire à l’apparition de formes de désengagement. Le rôle des difficultés d’articulation du temps et des horaires de travail avec les responsabilités familiales a été peu étudié en tant que facteur explicatif de ces comportements de désengagement. Une autre dimension, plus interindividuelle et intersubjective, se lit dans le lien entre les carrières matrimoniales et les carrières professionnelles, les ajustements « genrés » entre contraintes domestiques et contraintes du travail, entre care et construction de soi, entre temps de travail et temps de loisir. Le rapport entre sphère privée et vie sociale ouvre alors sur les sens de l’intime, l’expression des subjectivités et sur la gestion de son corps. Enfin, les frontières non étanches entre les mondes sociaux sont aussi redessinées par des innovations sociales ou technologiques. Ainsi, les nouvelles technologies remettent en cause la séparation entre temps de travail et temps de loisirs. Téléphone portable et courrier électronique sont utilisés par les employeurs pour organiser le travail et font ainsi irruption dans la vie privée, tout en étant symétriquement l’objet de réglementation pour leur usage personnel dans le cadre professionnel. La frontière entre vie au travail et vie personnelle est affaiblie par ces nouvelles technologies qui suscitent d’autres manières de produire (logiciel libre) et de travailler (télétravail, travail en réseau).